LQJ-272

M. Houet-ULiège J.-L. Wertz Najat Vallaud-Belkacem Gembloux Agro-Bio Tech La cérémonie d’ouverture de l’année académique à Gembloux, le 9 octobre, a fait la part belle à la chimie. La Pr Aurore Richel et Philippe Maesen , Ir, ont consacré la leçon inaugurale à la “Chimie : rupture et paradoxe”. Si cette science reste mystérieuse et complexe, elle devient cependant de plus en plus maîtrisée et extrême. Elle innove, crée et transforme la matière. Elle s’adapte, se fait “organique”, “végétale”, “métallurgique” ou “minérale” pour satisfaire nos besoins. Elle devient “verte” pour minimiser son impact sur les générations futures. Aurore Richel janvier-avril 2019 / 272 ULiège www.uliege.be/LQJ 73 rétro vision Numérique Faut-il éduquer au numérique ? Telle était la question, un brin provocatrice, posée à Najat Vallaud-Belkacem , ministre de l’Éducation natio- nale française entre 2014 et 2017, lors d’une soirée rencontre organisée par la MSH, le 6 décembre*. Rappelant un article du Monde comparant l’avène- ment de l’informatique à l’invention de l’imprimerie – il s’agit d’une technique capable d’enclencher une nouvelle dynamique intellectuelle –, Najat Vallaud-Belkacem répond que « oui, il faut édu- quer au numérique et il faut le faire au cours de la scolarité afin de réduire au maximum la fracture digitale ». Pour elle, « l’école doit permettre aux enfants “d’être au monde”, de vivre dans leur époque avec un regard informé, contextualisé, cri- tique. Son rôle est d’offrir à chaque élève la capa- cité de devenir un citoyen, un individu à l’aise dans la société. Il est dès lors impossible aujourd’hui que l’école ignore l’informatique, elle doit s’en emparer. Mais, soyons très clairs, cela ne signifie pas que le numérique doit remplacer les matières de base ! Bien intégré dans les cours, cet outil, au contraire, facilite l’apprentissage des fondamentaux, notam- ment parce qu’il peut s’adapter aux difficultés spécifiques de chaque élève (qui en calcul, qui en grammaire, qui en géographie...) ou à son handicap (dyslexie, dysphasie, etc.). Le numérique est une ressource parmi d’autres, à utiliser avec parcimo- nie : en Estonie, les enfants l’utilisent… quelques minutes par jour. » À ceux qui pensent que “les jeunes sont nés avec internet” et n’ont donc pas besoin de cours, Najat Vallaud-Belkacem rétorque que c’est une vision simpliste. « Si les ados sont très à l’aise avec les écrans, les applications, les réseaux sociaux, les jeux vidéo, ils ne maîtrisent pas la technologie et n’ont pas de position critique à son égard. Or le numérique envahit tous les espaces de notre vie, personnelle et professionnelle, et il impératif de connaître son fonctionnement pour se prémunir contre les manipulations, les mensonges, etc. Par ailleurs, l’étude du codage, base de la programma- tion, fait comprendre la relation entre le langage et le logiciel. C’est une mécanique intellectuelle. » Et de souligner le paradoxe des grands patrons d’entreprise convaincus de l’imminence de l’in- telligence artificielle (qui aura inévitablement des répercussions économiques et sociétales) tout en négligeant l’indispensable formation au numérique que cela présuppose. * Dans le cadre de “Liège Tendances numériques”, Najat Vallaud-Belkacem était l’invitée de la Maison des sciences de l’homme – en partenariat avec Liège Créative – le jeudi 6 décembre. Elle a parti- cipé à un débat avec Pierre Delvenne, chercheur qualifié au FNRS, département de science poli- tique, et Pierre-Yves Hurel, doctorant au Liège Game Lab, département médias, culture et com- munication.

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