Cours-Conférence

Nouvelles formes de travail

Et d’emploi dans le monde digital


Infos

Dates
17 janvier 2019
Lieu
UCLouvain - Lecl 93
Place Montesquieu, 1
1348 Ottignies-Louvain-la-Neuve
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Horaires
De 17h30 à 19h30
Prix
Accès libre mais inscription obligatoire
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Une leçon de la Chaire Francqui 2018 consacrée au changement organisationnel en contexte digital et décernée par l'UCLouvain au Pr François PICHAULT

La part croissante des arrangements de travail flexibles, favorisée par l’essor des plateformes digitales, a conduit de nombreux théoriciens à proposer de nouvelles conceptualisations des activités de travail.

Entre deux pôles extrêmes —la relation d'emploi « standard » et le travail indépendant classique— on peut désormais observer une zone grise d'arrangements de travail hybrides. Ceux-ci se caractérisent par une flexibilité accrue, par la pluralité des donneurs d’ordres, par la fragmentation du processus de travail en tâches spécifiques et par une responsabilisation des travailleurs dans l’atteinte de résultats, souvent associée à une plus grande autonomie dans la manière de réaliser le travail. On peut cependant s'interroger sur cette relation apparemment « naturelle » entre nouveaux modes de travail et accroissement de l’autonomie. Le statut juridique adopté par les travailleurs à la tâche ou au projet ne résulte pas toujours de choix individuels : il peut être imposé, conduire à une dépendance économique accrue et être associé à la précarité. Il peut aussi se conjuguer avec diverses formes de prescription et d’imposition dans la réalisation même du travail. Il peut enfin conduire à un alourdissement des responsabilités individuelles en matière de développement des compétences ou d’aménagements spatio-temporels.

La deuxième leçon entend explorer les diverses dimensions susceptibles d’influer sur le degré d’autonomie des travailleurs dans l’économie digitale. Nous développerons en conséquence une grille analytique distinguant différentes dimensions entrelacée, relatives au statut, au contenu et aux conditions de travail. Nous mettrons ensuite l'accent sur les principaux défis RH associés à chacune de ces dimensions.

À propos du conférencier

François PICHAULT, docteur en sociologie, est professeur titulaire à HEC Liège, Ecole de Gestion de l'Université de Liège et professeur affilié en gestion des ressources humaines à l’ESCP-Europe (Paris). Il est également directeur des études à Entreprise et Personnel (Paris). Il a créé et dirige le LENTIC depuis 1986. Il est l'auteur ou le co-auteur de nombreuses publications en théorie des organisations et en gestion des ressources humaines (une quinzaine d'ouvrages et une centaine de chapitres d’ouvrage et d'articles publiés dans des revues scientifiques). Ses sujets de recherche actuels concernent les partenariats inter-organisationnels, les nouvelles formes de travail et la gestion du changement. Il a supervisé plusieurs dizaines de thèses de doctorat et est engagé dans de nombreux réseaux de recherche internationaux. Il est également impliqué dans de nombreuses coopérations internationales, notamment en Afrique et en Europe de l’Est.

À propos de la Chaire Francqui 2018 - Le changement organisationnel en contexte digital

L’anticipation des effets des technologies digitales est sujette à de nombreuses controverses. Pour les uns, des menaces sérieuses pèsent sur l’emploi : près de la moitié des métiers actuels seraient soumis à court ou moyen terme à l’automatisation ; les métiers peu qualifiés seraient les plus touchés tandis que les nouveaux métiers en émergence exigeraient des compétences de plus en plus élevées, conduisant à une dualisation croissante du monde du travail en fonction des qualifications. Pour les autres, il faut plutôt parler de destruction créatrice : comme à d’autres périodes de l’histoire, les technologies digitales mèneraient à une création nette d’emplois. En outre, certains secteurs d’activité (comme les services de proximité) seraient largement épargnés. Ce type de controverse ne concerne pas seulement l’emploi, mais aussi l’organisation du travail et la qualité des services. Elle s’inscrit dans une vision déterministe de la technologie, dont la résurgence à l’heure de l’intelligence artificielle et de la robotique ne manque pas de frapper les analystes.

Dans le cadre de la Chaire Francqui, nous tenterons de nous éloigner d’une vision aussi mécaniste en soulignant les marges de manœuvre dont disposent les acteurs, les choix qu’ils opèrent, les compromis auxquels ils aboutissent au cours du processus de transformation digitale. On insistera sur le caractère inévitablement politique d’un tel processus. Nous serons attentifs à la diversité des trajectoires de changement, à leur réversibilité, aux multiples actions et réactions qui les sous-tendent et à leurs modalités de gestion.

A la suite de la leçon inaugurale, qui envisage le rôle de l’université dans l’accompagnement de la transformation digitale des entreprises, deux leçons aborderont les questions liées à l’émergence des nouvelles formes d’emploi: il s’agira notamment de réfléchir, de manière multidisciplinaire, aux spécificités des formes hybrides d’emploi (travail sur plateforme, crowdworking, travail « on call », etc.), à mi-chemin entre travail salarié et travail indépendant, ainsi qu’aux modalités d’action et de représentation collective les plus pertinentes qui les concernent. Les deux dernières leçons envisageront quant à elles les questions relatives aux nouvelles formes d’organisation du travail : on y abordera les diverses facettes de la conduite d’un projet de transformation digitale, en prêtant une attention particulière au secteur du journalisme.

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