Communiqué de presse

L’immunité transmise au nouveau-né par le lait maternel ne passe pas uniquement par les anticorps


Dans une étude internationale parue dans Science Advances, Benjamin G. DEWALS et William HORSNELL (University of Cape Town) découvrent qu’une immunité à long terme contre certaines infections est également acquise lors de l’allaitement indépendamment d’un transfert d’anticorps maternels

Le transfert immunitaire de la mère à l'enfant par l'allaitement est une source très importante de protection contre les infections précoces. On pense généralement que ce transfert de protection est limité à la période d’allaitement, médié par des anticorps et perdu lorsque l'allaitement cesse. Dans cette étude publiée dans Science Advances et dirigée par William HORSNELL (Université de Cape Town) en collaboration avec Benjamin G. DEWALS, chercheur qualifié F.R.S.-FNRS à l'ULiège, les chercheurs montrent que ce n’est pas toujours le cas : l’exposition maternelle à une infection répandue dans le monde entier, les helminthes (vers parasitaires), s’avère également fournir à la progéniture une immunité acquise à long terme. Bien que les mecanismes précis soient encore à identifier, ils ont pu démontrer que ce transfert d’immunité pourrait impliquer un transfert de cellules immunitaires lors de l’allaitement.

Ces résultats surprenants, obtenus actuellement sur des modèles murins, permettent de comprendre pourquoi certaines infections sont mieux contrôlées à long terme alors que la présence d’anticorps maternels a disparu depuis longtemps. Ils ajoutent ainsi une nouvelle dimension à la compréhension de la façon dont la mère peut influencer la santé de sa descendance.

Chez la souris, les chercheurs ont découvert que la progéniture nourrie au sein par une mère infectée par un ver parasite avant de tomber enceinte avait acquis une protection immunitaire contre cette infection. De façon inattendue, les anticorps présents dans le lait maternel étaient incapables de transmettre cet effet de protection aux petits, alors que les cellules du lait maternel pouvaient être transmises et associées à un effet protecteur à long terme.

En effet, des souriceaux nés de mères non infectées et adoptés dès la naissance par des mères préalablement infectées par le parasite Nippostrongylus brasiliensis, ont développé une meilleure immunité contre ce même parasite. Grâce à l’utilisation de souris transgéniques incapables de produire des anticorps sécrétés, les chercheurs ont démontré que le transfert d’anticorps n’était pas impliqué dans le transfert d’immunité anti-parasitaire. Par contre, en condition syngéniques (condition où la descendance est histocompatible à la mère), le transfert d’immunité était directement associé au transfert de cellules maternelles, notamment des lymphocytes T CD4+ de type Th2.  En outre, des mères incapables de produire une réponse Th2 en réponse au parasite étaient également incapables de transférer l’immunité à leur descendance par le biais du lait maternel. Enfin, des expériences en conditions semi-allogéniques, c’est-à-dire mimant les conditions naturelles où la descendance partage la moitié des molécules d’histocompatibilité avec sa mère et son père, ont permis de démontrer qu’un transfert d’immunité avait également lieu.

Le laboratoire d’Immunologie et Vaccinologie du FARAH (Fundamental and Applied Research for Animals and Health), à la Faculté de Médecine vétérinaire de l’ULiège, est étroitement associé à cette recherche. « Nous avons été impliqués dans les phases de mises en place expérimentale, d’interprétation et de réalisation d’un certain nombre d'expériences au sein de mon laboratoire telles que celles impliquant le transfert d’immunité maternelle en conditions semi-allogéniques », explique Benjamin G. Dewals, responsable du laboratoire.

« De plus, les résultats présentés dans cette publication sont la base d’un projet de thèse initié en 2018 visant à déterminer les mécanismes de transfert d’immunité impliqués dans des conditions où les cellules immunes maternelles ne peuvent en théorie pas être tolérées à long terme chez la descendance. »

« Nous espérons que cette recherche mènera à des études humaines sur la façon dont l'exposition maternelle à des agents pathogènes avant la grossesse peut influencer la santé de la progéniture. Nous nous intéressons particulièrement à la façon dont ces résultats peuvent aider à concevoir des stratégies de vaccination maternelle qui offrent une protection à long terme aux enfants », conclut William Horsnell ayant mené l’étude et dernier auteur de l’article publié.

Référence

Pre-conception maternal helminth infection transfers via nursing long lasting cellular immunity against helminths to offspring, Science Advances , 29 May 2019, DOI: 10.1126/sciadv.aav3058

https://advances.sciencemag.org/content/5/5/eaav3058

Contact

Benjamin G. DEWALS,
Chercheur qualifié F.R.S.-FNRS, d’Immunologie et Vaccinologie du FARAH (Fundamental and Applied Research for Animals and Health), à la Faculté de Médecine vétérinaire de l’ULiège

Photos

Illustration de haut de page : Microphotographie d’une femelle gravide du ver Nippostrongylus brasiliensis.
© Dr J.C. Hoving, University of Cape Town, South Africa

ImmuniteLaitMaternel-Vers2Photo de culture de vers (helminthes)
Vers d'Ascaris lumbricoides en boîte de culture expulsés d’une enfant de quatre ans, hôpital pédiatrique de la Croix Rouge au Cap, Afrique du Sud.
© Prof. W. Horsnell, Université de Cape Town

ImmuniteLaitMaternel-Dewals-Equipe

Photo de l’équipe (de gauche à droite) : Justine JAVAUX, Françoise MYSTER, Benjamin G. Dewals, Marion Rolot

Partagez cette news