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Premier Congrès de la Chaire internationale Mukwege


Dans Institution Recherche International

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Plus de 200 scientifiques et représentants des ONG réunis à l’ULiège pour le premier congrès de la Chaire internationale « La violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits ».

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orsqu’en 2015, j’assistais pour la première fois à une opération de Denis Mukwege sur une petite fille violée de moins d’un an, il m’a posé une terrible question : Que va-t-elle devenir ? Et puis, il a laissé éclater sa colère et ses larmes. Quatre ans plus tard, après avoir créé une association, Les Enfants de Panzi et d’Ailleurs, qui prend en charge des fillettes violées au Sud Kivu, après avoir lancé la Chaire internationale Mukwege à l’ULiège, pour lutter contre la violence faite aux femmes et aux enfants dans les conflits, je ne peux toujours pas y répondre. Nous ne pouvons pas y répondre. »

C’est par ce rappel poignant que la Professeure émérite Véronique De Keyser a ouvert le premier congrès de la Chaire internationale « La violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits », le mercredi 13 novembre, en présence de Sa Majesté la Reine Mathilde et du Docteur Denis Mukwege, Président d’honneur de cette Chaire internationale à laquelle il donne son nom et sa notoriété désormais mondiale. Plus de 500 personnes ont assisté à cette cérémonie d'ouverture.

« Plus j’avance dans la vie, plus je m’aperçois qu’il y a autour de la problématique de la violence faite aux femmes des inconnues que seul je ne pourrai lever. Il reste tant de questions sans réponse dans le domaine médical, psychologique, juridique, historique, socio-économique », explique le Dr Denis Mukwege, confronté à l’Hôpital de Panzi, dans la province en guerre du Sud Kivu, à l’est de la RD du Congo, à des violences sexuelles inouïes. « Le viol a été utilisé comme une arme de guerre et une arme de destruction de la société », a rappelé le Prix Nobel de la Paix 2018, qui constate que la prise en charge médicale n’est pas suffisante car les séquelles psychologiques, parmi d’autres, sont très graves.

Une démarche holistique

Le Dr Denis Mukwege plaide pour une prise en charge holistique des patientes, dans les quatre piliers qui sont ceux aussi qui guident le travail au quotidien à l’hôpital de Panzi : la médecine et la chirurgie réparatrice, le suivi psychologique, la réinsertion socio-économique et la prise en charge juridique. «Nous devons asseoir notre démarche thérapeutique sur des bases scientifiques et transcender nos émotions. C’est ce que j’attends de cette Chaire : développer toutes les connaissances utiles à cette prise en charge globale».

À ce propos, Véronique De Keyser, qui en préside le Comité scientifique, compare la Chaire Mukwege à une « internationale scientifique » associant des partenaires du Nord et du Sud, des académiques et des humanitaires, abordant des questions communes mais avec des angles disciplinaires différents.

Un travail pionnier

Créée par l’Université de Liège et inaugurée en septembre 2018, dans la foulée de la séance de Rentrée académique lors de laquelle le Dr Denis Mukwege a reçu le titre de Docteur honoris causa, dix jours avant de recevoir le Prix Nobel de la Paix, la Chaire internationale « La violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits » tient son premier Congrès (qui sera triennal) à l’ULiège, du 13 au 15 novembre 2019.

La Professeure Adélaïde Blavier en préside le Comité d’organisation, tandis que la Chaire Mukwege est hébergée dans le Centre d’Expertise en Psychotraumatismes et Psychologie légale qu’elle dirige au sein de la Faculté de Psychologie, de Logopédie et des Sciences de l’Éducation de l’ULiège.

Le Congrès scientifique s’articule sur quatre demi-journées, pour autant de piliers, chacune étant destinée aux travaux de recherche d’un pilier spécifique tout en reprenant aussi le travail effectué sur le terrain par les associations et les ONG.

Avec le CHU de Liège, Adélaïde Blavier participe déjà à la prise en charge psychologique des patientes et à la formation du personnel à Panzi, sur place, par exemple lors de séjours avec l’ASBL Les Enfants de Panzi et d’Ailleurs (présidée par Véronique De Keyser), ou par Skype.

« Le Dr Mukwege est pionnier dans cet aspect holistique de la prise en charge des victimes de violences sexuelles ; il y travaille depuis plus de quinze ans alors que nos Centres pour les Victimes de Violences Sexuelles (CPVS) en Belgique vont avoir seulement deux ans », remarque Adélaïde Blavier. « À côté de l’action de terrain, il est impératif de poursuivre les recherches scientifiques, les évaluations des protocoles pour toujours les améliorer et pour cela, il faut s’appuyer sur des données et connaissances. »

Avec l’aide de l’ARES à hauteur de 500.000 euros, la Chaire Mukwege développe un projet de recherche sur l’amélioration de la prise en charge pluridisciplinaire à travers les quatre piliers médical, psychologique, socio-économique et juridique.

La cérémonie d’ouverture

Citation

L’événement qui nous réunit aujourd’hui est exceptionnel. Il a vocation à constituer un tournant important sur notre parcours de prise en charge de victimes de violences sexuelles.

Denis Mukwege, Message inaugural du premier Congrès de la Chaire internationale « La violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits », Chaire Mukwege, Université de Liège, 13 novembre 2019

L'ouverture du premier Congrès de la Chaire Mukwege était ponctuée par les interventions de :

  • Virginia Gamba de Potgieter, 
Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés à l’ONU, Secrétaire générale adjointe;
  • David Sassoli
, Président du Parlement européen
  • Denis Mukwege, 
Prix Nobel de la Paix 2018, Président d’honneur de la Chaire Mukwege, Docteur honoris causa de l’Université de Liège
  • Françoise Tulkens,
 Professeure émérite (UCLouvain), Ancienne magistrate à la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg, Ancienne Présidente de la Fondation Roi Baudouin et membre du Comité scientifique de la Chaire Mukwege
 « Les droits de l’enfant et la violence de la guerre »
  • Sandie Blanchet, 
Directrice du Bureau de l’UNICEF pour les Relations avec les Institutions européennes

Citation

Pour tous ceux qui veulent faire reculer la souffrance, la justice est un bien précieux. 

Françoise Tulkens, conférence de presse organisée à l’occasion du premier Congrès de la Chaire internationale « La violence faite aux femmes et aux filles dans les conflits », Chaire Mukwege, Université de Liège, 13 novembre 2019

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