Prix littéraire

Bernard Rentier, lauréat du prix du Livre politique 2019


Dans Prix, bourses et distinctions

Photo : ©Victoria Solovieva

Le Professeur Bernard Rentier, Prorecteur de l’Université de Liège, s’est vu attribuer, à l’occasion de la Foire du Livre politique,  le Prix du Livre politique 2019 pour son ouvrage « Science ouverte, le défi de la transparence »(1) dans lequel il décrit les origines, les perspectives et les objectifs du concept de Science ouverte (Open Science). Rencontre avec celui qui a fait de l’Open Access un des fers de lance de l’Université de Liège, reconnue désormais comme l’une des institutions pionnières du mouvement, et qui continue à œuvrer pour que les savoirs puissent s’ouvrir et se partager.

Comment définiriez-vous l’Open Science ?

BR : C’est une nouvelle approche de la manière de conduire la recherche, basée sur la transparence des procédures, la liberté de communication entre les chercheurs, l’ouverture sans obstacle vers le grand public. C’est aussi la reconnaissance, dans la carrière des chercheurs, de leurs qualités de partage et d’échange, et non plus de compétition et de fermeture sur soi.

Les principes de la Science ouverte sont en phase avec une demande croissante de la société pour plus de transparence et de communication, mais elle est également en accord avec les principes les plus ancestraux de la Science qui ont progressivement dérivé vers une course à outrance vers plus de productivité et plus de compétitivité. Tout ceci aboutit à une impasse où le rôle de la recherche s’efface derrière d’autres motivations contre-productives pour la communauté.

Quand avez-vous, pour la premièrefois entendu parler d’Open access ou d’accès libre à la science et quelle a été votre réaction face à ce mouvement émergent?

BR : Cela date de l’époque où j’étais vice-recteur de notre Université (1997-2005), en charge des relations internationales, de la recherche et de la documentation scientifique. Mon objectif était de moderniser le fonctionnement des bibliothèques, de les rationaliser et de les informatiser. A cette époque, nous vivions en direct l’essor de l’Internet et la multiplication de ses ressources et nous découvrions l’usage que commençaient à en faire les chercheurs dans le monde entier. Le mouvement de l’Open Access (on ne parlait pas encore d’Open Science, loin s’en faut !) venait de naître (officiellement en 1994) mais restait encore confiné à des cercles très restreints de spécialistes, généralement les bibliothécaires, confrontés aux difficultés financières de leurs institutions et à l’accroissement anormal des budgets nécessaires pour acquérir la nécessaire documentation.

Vous êtes devenu un fervent défenseur du libre accès au savoir et en avez fait un des fers de lance de lUniversité de Liège, plaçant notre institution parmi les pionnières du mouvement. Grâce à des outils tels qu’ORBi (Open Repository and Bibliogrpahy), vous avez quelque part « forcé la main » aux chercheurs, les obligeants/incitant fortement à référencer leurs publications dans un répertoire institutionnel.

BR : En effet, une manière de participer efficacement à louverture de laccès était ce quon a appelé « la voie verte de lOpen Access », cest-à-dire le dépôt des manuscrits de publications dans une archive électronique ouverte et consultable gratuitement par tout le monde sur l’Internet. En outre, cette procédure offrait à l’Université un dépôt complet de la production scientifique de ses membres et à ceux-ci un outil extraordinaire de visibilité du fruit de leur travail. Devenu recteur en 2005, j’ai compris que l’archive institutionnelle ne serait réellement opérante et complète que si son utilisation était rendue obligatoire. Le tout a été de combiner cette ferme obligation avec la mise en évidence des avantages formidables que l’outil ORBi allait offrir aux chercheurs. Un processus connu internationalement depuis lors comme celui « de la carotte et du bâton » ou, plus élégamment, comme « the Liège Model ».

Pensez-vous que les mentalités ont changé depuis et que les jeunes chercheurs sont aujourdhui plus sensibilisés à louverture et au partage de leurs résultats de recherche ?

BR : Oui, on ressent de plus en plus une prise de conscience de l’importance de la générosité et du désintéressement chez les jeunes, tant qu’ils ne sont pas détournés de ces principes forts par l’exigence de leurs évaluateurs. Ceux-ci sont généralement pls avances en âge et en expérience et croient nécessaire d’imposer aux jeunes les standards qu’on leur a imposés, à eux.

Comment les jeunes chercheurs peuvent-ils aujourdhui s'engager dans des pratiques de « science ouverte » sans avoir à craindre pour leur carrière ?

BR : Ce n’est pas facile. Malheureusement. Il est vraiment essentiel que les chercheurs plus chevronnés prennent conscience de l’intérêt universel de la transparence et du partage. Que ce qu’il faut mesurer, lors d’une évaluation, ce sont ces qualités et non pas des soi-disant indicateurs de productivité qui, pour la plupart, sont frelatés. Il faudra hélas un certain temps avant que ce changement de mentalité ne s’installe et c’est là que réside le combat de la Science Ouverte aujourd’hui.

Comment voyez-vous le rôle des réseaux sociaux tels que ResearchGate ou Academia qui sadressent spécifiquement aux chercheurs dans la diffusion des savoirs de façon « libre » ?

BR : Chat échaudé craint l’eau froide. Je me méfie des initiatives séduisantes lorsque je n’ai pas de certitude sur leur pérennité. ResearchGate offre pas mal de services, certes non indispensables, mais utiles. Croisons les doigts pour qu’un grand éditeur requin ne le rachète pas pour un montant astronomique lorsque « le système » l’aura rendu indispensable. Quant à Academia, il faut payer pour accéder à ses services, la couleur est donc annoncée d’emblée. L’utilise qui veut. Mais de grâce, que personne ne rende ces outils incontournables pour l’évaluation des chercheurs. Cela ne ferait qu’amplifier les effets pervers que je dénonce dans mon livre et dans toutes mes interventions. Et qu’aucun de ces services ne laisse croire aux gestionnaires des universités qu’ils peuvent remplacer les archives institutionnelles.

Quels conseils donneriez-vous aux chercheurs qui souhaitent, eux aussi, sengager dans cette démarche douverture des savoirs ?  

BR : « Tenez bon, vous êtes dans la voie de l’histoire. Le système dominant est voué à l’échec car le savoir est la seule valeur qui se multiplie quand on la partage. » Je faisais sourire lorsque je disais cela à propos de l’Open Access il y a quinze ans et pourtant l’histoire a montré que j’avais raison.

(1) RENTIER, Bernard, Science Ouverte, le défi de la transparence, L'Académie en Poche, décembre 2018, 152 pages.

A propos de l’ouvrage

Une nouvelle manière de concevoir la recherche scientifique, la science ouverte, est née avec la révolution informatique. Dans la foulée de l’Open Access (accès libre aux résultats de la recherche financée par l’argent public), elle accompagne le grand idéal de transparence qui envahit aujourd’hui toutes les sphères de la vie en société. Ce livre en décrit les origines, les perspectives et les objectifs, et en dévoile les obstacles et les freins dus au profit privé et au conservatisme académique.

Consulter l’ouvrage

A propos de Bernard Rentier

Né en 1947 et licencié en Zoologie de l'ULiège, le professeur Bernard Rentier est biologiste et virologue. Il a été le 60e Recteur de l’Université de Liège (2005-2014). Sous son impulsion, l’ULiège est devenue pionnière dans le domaine de l’Open Access en instaurant un système de dépôt institutionnel des publications scientifiques – ORBi - devenu un modèle d’accès libre. Bernard Rentier se consacre actuellement à promouvoir la science ouverte dans toutes ses implications pour la recherche et les chercheurs.

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