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La désoxygénation des océans et ses conséquences alarmantes pour nos sociétés


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L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a présenté le 7 décembre 2019, à l’occasion de la COP25 à Madrid, un nouveau rapport sur l’état des océans, se penchant cette fois sur un phénomène sous-estimé mais pernicieux : la désoxygénation des océans.

Le rapport basé sur les travaux de 67 chercheurs dans le monde, dont Marilaure Grégoire, Directrice de recherches au FNRS à l’UR FOCUS du Département d’Astrophysique, Géophysique et Océanographie de l’Université de Liège, établit que les réserves mondiales d’oxygène océanique ont diminué de 2% sur une période de seulement 50 ans (de 1960 à 2010). Cette perte d’oxygène constitue une menace croissante sur les écosystèmes marins et les populations humaines qui en dépendent, notamment via la pêche. Des poissons comme les thons, les marlins ou les requins figurent maintenant sur la liste des espèces menacées, selon l’UICN.

Marilaure Grégoire est l’auteur principal du chapitre 1 de ce rapport international : « Qu’est-ce que la désoxygénation ? »

Les principales causes de cette désoxygénation sont l’eutrophisation et le réchauffement des eaux océaniques. L’eutrophisation résulte du ruissellement des nutriments provenant des zones côtières et aux dépôts d’azote liés à l’utilisation des combustibles fossiles.

Selon les experts de l’UICN, les océans pourraient à nouveau perdre de 3 à 4% de leur contenu en oxygène d’ici à 2100 si les émissions de gaz à effet de serre croissent au même rythme qu’actuellement.

Les pertes en oxygène se concentrent dans les premiers 1000 mètres de la colonne d’eau, là où l’abondance et la diversité des espèces de poissons sont les plus élevées.

Si dans les années '60, on dénombrait 45 sites côtiers dans le monde en déficit d’oxygène, ils sont de l’ordre de 700 aujourd’hui, selon les données présentées par les chercheurs. Durant ces cinquante dernières années, les volumes des eaux anoxiques, c.-à-d. complètement vides en oxygène, a quadruplé.

Ces évolutions engendrent une rupture d’équilibre de la vie sous-marine et favorisent, par exemple, les espèces tolérantes à l’hypoxie (i.e. contenu en oxygène < 63 µmol/l) comme les microbes, les méduses, certains calmars, au détriment de la plupart des espèces de poissons, qui sont sensibles à l’hypoxie. Ceci fragilise l’ensemble des écosystèmes marins ainsi que les populations humaines côtière, qui sont très dépendantes des ressources halieutiques, notamment en Afrique ou en Asie.

Marilaure Grégoire souligne l’importance d’efforts internationaux, comme le service Copernicus marin pour coordonner les efforts d’observation et de modélisation numérique des océans visant à fournir des prévisions de l’occurrence de zones de minimums d’oxygène.

Tout en travaillant à l’amélioration de la récolte des données et des modèles simulant les évolutions des écosystèmes marins, les experts de l’UICN plaident pour une réduction importante et rapide des GES.

Lire le rapport de l’UICN :
Ocean deoxygenation: Everyone’s problem. Causes, impacts, consequences and solutions

Distribution globale de la désoxygénation dans les zones côtières et en pleine mer (from Breitburg et al., 2018). Dans la zone côtière, plus de 500 sites ont été inventoriés avec des conditions de faible teneur en oxygène alors qu'en haute mer, l'étendue des eaux à faible teneur en oxygène s'élève à plusieurs millions de km3.

En 2018, Marilaure Grégoire avait déjà tiré la sonnette d'alarme sur ce phénomène dans un article paru dans la revue Nature.

Contact

Marilaure GRÉGOIRE

 

Photo © Skeeze de Pixabay

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