Le COVID-19 pourrait être dangereux pour le coeur des sportifs


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Une étude à laquelle ont participé les chercheurs du SportS2, le service pluridisciplinaire de médecine et traumatologie du sport du CHU et de l’Université de Liège, démontre qu'il est risqué de poursuivre une activité physique alors que l'on est atteint du COVID-19. Les chercheurs rappellent les règles d'or de la pratique sportive.

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algré le confinement dû à la pandémie COVID-19, il reste autorisé voire recommandé de faire du sport de manière modérée. En effet, toute activité physique régulière et en-dessous de 80% de sa fréquence cardiaque maximale est bénéfique pour la santé. Cependant, faire une activité physique alors que l’on est infecté par le COVID-19 pourrait être dangereux pour le coeur… et cela peut être observé notamment grâce à l’analyse de marqueurs biologiques dans les prises de sang.

D’après le National Institute of Health (NIH), un marqueur biologique est défini comme « une caractéristique pouvant être mesurée objectivement dans un liquide biologique comme le sang et reflétant les processus biologiques sains ou pathologiques ou la réponse pharmacologique à un traitement », c’est à dire qu’il s’agit de marqueurs présents dans le sang et qui permettent d’aider à suivre la santé de différents organes.

Ceux-ci peuvent aider à:

  • Prédire : identification des sujets à risque de développer une maladie ;
  • Diagnostiquer : identification de patients développant la maladie ;
  • Classifier : stratification de la maladie en différents stades ;
  • Pronostiquer : indication de la probabilité de l’évolution de la maladie ;
  • Suivre le traitement : indication de la réponse à un traitement.

Parmi ces marqueurs biologiques, deux sont très utilisés dans le diagnostic des problèmes cardiaques comme l’infarctus, l’insuffisance cardiaque …, à savoir la troponine (TnI/T) et le peptide natriurétique de type B (NT-proBNP). Dans le cas du COVID-19, ces biomarqueurs peuvent augmenter jusqu’à 1000x les valeurs normales attendues.

À ce propos, le Collège Américain de Cardiologie (ACC) a publié ce 18 mars un avertissement sur les dosages de la TnI/T et du NT-pro BNP chez les patients atteints du COVID-19. Chez ces patients, ces marqueurs de nécrose cardiaque et d’insuffisance cardiaque sont très souvent élevés. Ces augmentations sont associées à un moins bon pronostic: durée d’hospitalisation plus longue, plus de complications, mortalité plus élevée. Par contre, ces augmentations ne sont pas systématiquement synonymes de la survenue d’un infarctus du myocarde ou d’une insuffisance cardiaque. Ces éléments, parmi bien d’autres, témoignent de l’action du virus sur le cœur ou de l’atteinte systémique secondaire à l’infection. Les mécanismes sont probablement multiples et encore mal expliqués mais une inflammation du muscle cardiaque est possible, on appelle cela une myocardite. Si les cas de myocardites graves sont rares, des formes sans ou avec peu de symptômes peuvent être plus fréquentes. Le repos constitue le meilleur des traitements en dehors d’un éventuel traitement ciblé sur le virus. Dans ces conditions, toute agression supplémentaire est inutile voire dangereuse. La pratique sportive prolongée et/ou à haute intensité est une agression supplémentaire et inutile qui doit être évitée… Il est en effet recommandé depuis plusieurs années, en situation de fièvre ou de douleurs musculaires (courbatures), d’arthralgies dans le cadre d’un syndrome grippal, de stopper l’activité physique pendant au moins 8 jours après la résolution des symptômes. Ne sachant pas exactement qui est malade/porteur/guéri, chacun doit être prudent vis-à-vis de ses activités physiques qui, pour rappel, doivent rester modérées dans l’intensité (<80%) et dans la durée.

Pour rappel, voici les 10 règles d’or de la pratique sportive du Club des Cardiologues du Sport :

  • Règles 1 : Je signale à mon médecin toute douleur dans la poitrine ou tout essoufflement anormal.
  • Règle 2 : Je signale à mon médecin toute palpitation cardiaque.
  • Règle 3 : Je signale à mon médecin tout malaise en lien avec l’effort.
  • Règle 4 : Je respecte toujours un échauffement et une récupération de 10 min lors de mes activités sportives.
  • Règle 5 : Je m’hydrate régulièrement à l’entraînement comme en compétition.
  • Règle 6 : J’évite les activités intenses par des températures extérieures défavorables (< -5°C ou > 30°C) et lors des pics de pollution.
  • Règle 7 : Je ne fume jamais 2 heures avant ou après une pratique sportive.
  • Règle 8 : Je ne consomme jamais de substances dopantes et j’évite l’automédication en général.
  • Règle 9 : Je ne fais pas de sport intense en cas de fièvre, ni dans les 8 jours qui suivent un épisode grippal
  • Règle 10 : Je pratique un bilan médical avant de reprendre une activité sportive intense si j’ai plus de 35 ans pour les hommes et plus de 45 ans pour les femmes.

En savoir +

Troponin and BNP Use in COVID-19 | American College of Cardiology

Les 10 règles d'or | Club des cardiologues du sport

Contact

SportS2 - service pluridisciplinaire de médecine et traumatologie du sport du CHU et de l’Université de Liège

Dr Arnaud ANCION, service de Cardiologie (CHU de Liège), GIGA (ULiège)

Caroline LE GOFF service de Chimie Clinique (CHU de Liège) CIRM (ULiège)

Prof Jean-François KAUX, Service de Médecine Physique, Réadaptation Fonctionnelle et traumatologie du Sport, CHU et Université de Liège

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