in memoriam

Hommage au Pr Pierre Vandewalle


Dans Portrait

Le Professeur Eric Parmentier, du département de Biologie, Écologie et Évolution, rend hommage à Pierre Vandewalle, Professeur ordinaire honoraire à la faculté des Sciences de l’Université de Liège, décédé le 26 mars dernier.

Trente-deux degrés à l’ombre sur les bords du lac Nokoué au Bénin, un petit attroupement de quelques étudiants écoute un homme qui, tenant deux poissons dans les mains, explique avec force détails comment les distinguer et les identifier. Impressionnés, les étudiants ont compris qu’ils ne connaissaient pas la faune de cette étendue d’eau qu’ils croisent pourtant tous les jours en allant à l’Université d'Abomey-Calavi. L’homme quant à lui, se remémore qu’une semaine plus tôt, sous la grêle, il faisait le même genre d’exercice avec des étudiants liégeois en bord de mer, du côté de Saint-Malo. Il sait aussi que la semaine prochaine, il accompagnera quelques doctorants en plongée sous-marine du côté de la Polynésie française. La station Léopolod III de l’île de Laing en Papouasie a en effet fermé ses portes et il a fallu trouver d’autres centres de recherche pour poursuivre ses activités de recherche fondamentale.

Une carrière dévolue à la compréhension du fonctionnement des poissons

Pierre Vandewalle a passé les quatorze premières années de sa vie en Afrique. Rentré en Belgique, il y terminera sa licence en biologie animale à l'Université de Liège en 1970. En 1975, il obtient son titre de Docteur en Sciences avec une étude fouillée et minutieuse portant sur la prise de nourriture chez des poissons Cichlidae. Grâce aux techniques utilisées durant sa thèse – nous en sommes aux balbutiements de l’utilisation des caméras à haute vitesse – il posera en collaboration avec son promoteur Michel Chardon une base solide de coopération avec des chercheurs (W. Verraes, P. Aerts) des universités du nord du pays. En parallèle, Pierre Vandewalle entame une carrière de chercheur qualifié au FNRS avant de devenir chargé de cours en 1996 puis professeur ordinaire en 2005. Sa carrière sera entièrement dévolue à la compréhension du fonctionnement des poissons. Comment se nourrissent-ils ? Comment font-ils pour nager ? Comment grandissent-ils ? Comment font-ils pour cohabiter ? Comment les utiliser en aquaculture ? Curieux de nature, il investiguera aussi bien les poissons dulcicoles que les poissons marins, quelle que soit la latitude. Cette double approche et les nombreuses collaborations lui apporteront la reconnaissance avec la dédicace de deux nouvelles espèces de poissons : la première est un Cyprinidae du Bénin, la deuxième un Carapidae de Tahiti.

Les étudiants qui ont étudié la biologie à l’Université de Liège se souviennent de son implication, depuis 1970, dans le célèbre stage de Saint-Malo qui, apprécié ou non, a marqué chaque génération. Il y a officié comme étudiant moniteur, puis comme encadrant avant d’en devenir le principal gestionnaire. S’il garde calme, attention et sérieux pour distiller sa culture biologique lors des travaux sur le terrain, son entame du “Chant des Wallons” lors du voyage en bateau au retour des îles Chausey a permis, en plus, d’apprécier non pas une maîtrise vocale, mais un personnage amoureux des moments de convivialité et de partage. 

Lancement du projet MoRAP

Lors de son parcours, l’Afrique de son enfance lui manque et il veut apporter sa contribution au développement de son continent d’origine. Il le fera en étant promoteur de doctorants issus de différents pays africains, leur offrant encadrement lors de déplacements sur place ou en les invitant à séjourner à l’Université. Il développe avec J.-C. Philippart les premières recherches en aquaculture au Bénin. Son admission à la retraite en 2011 n’a pas entamé sa ferveur de professeur. Avec le Bénin, le Burkina Faso et le Niger, il crée à la demande du Doyen Pascal Poncin le projet MoRAP qui vise le développement d’un master professionnalisant en “Monitoring des ressources aquatiques et aménagement des pêches”. D’abord repris comme enseignant, il en deviendra le gestionnaire faisant fonction. Il y a donné un dernier cours en 2019.

Au sein de l’Université, son attachement à la faune naturelle et estudiantine s’est aussi traduit par une implication dans la commission du conseil des sites qui fournit à nos autorités le point de vue du naturaliste sur l’aménagement du Sart Tilman.

Lors de son parcours scientifique, Pierre Vandewalle a pu élaborer quelques réponses à ses questionnements dans une production de quelque 160 articles scientifiques… Et quelques successeurs qui continuent à essayer de comprendre le monde de l’ichthyologie.

 

Éric Parmentier

© photo : Bernard Rentier

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