L’ULiège coordonne le projet wallon de décontamination des masques chirurgicaux et de protection respiratoire FFP2


Dans Coronavirus

Dès le début du confinement, le Gouvernement wallon a souhaité mettre en place une filière de production de masques (chirurgicaux et de type FFP2/3), ainsi qu’une filière de décontamination afin que le personnel des hôpitaux et des maisons de repos et de soins puisse réutiliser ces masques, évitant les risques de rupture d’approvisionnement.

L

e Gouvernement wallon a confié la coordination de ce projet à l’Université de Liège, projet qui réunit un consortium d’entreprises wallonnes spécialisées dans la stérilisation et le recyclage des déchets médicaux ou disposant de technologies utiles dans ce cadre.

Le Professeur Éric Haubruge, Conseiller en charge de l’innovation, du développement régional et des relations internationales à l’Université de Liège (ULiège), coordonne ce projet wallon dont les premiers résultats, très positifs, ont été présentés ce samedi 18 avril 2020.

« C’est un projet essentiel vu l’urgence et la pénurie actuelle de masques. Et c’est important aussi compte tenu de la multiplication par trois aujourd’hui du prix du masque chirurgical ou de protection respiratoire. Pour chaque patient en unité Covid, le personnel hospitalier utilise 40 à 50 masques par jour. Ce sont des millions de masques supplémentaires qui sont nécessaires pour gérer cette crise sanitaire ! », explique Éric Haubruge. « C’est pourquoi, parallèlement à une production en Wallonie, est rapidement venue sur la table la proposition de travailler au ‘reprocessing’ de ces masques. »

« En consultant la littérature, on s’est rendu compte que la piste de la décontamination était suivie par de nombreux pays. Sachant que l’OMS recommandait un usage unique des masques, il nous fallait interroger l’Agence Fédérale du Médicament et des Produits de Santé (AFMPS), qui a demandé que nous présentions un protocole, ce que nous avons rapidement fait avec le CHU de Liège en collaboration avec les partenaires, trois entreprises (Sterigenics, AMB Ecosteryl et Lasea) et deux centres de recherches (Materia Nova et CentexBel). »

Dans la foulée, l’AFMPS a édicté une directive nationale guidant le reconditionnement des masques usagés, à laquelle le protocole du consortium wallon répondait parfaitement. « Nous devions alors démontrer, à travers nos tests, que l’intégrité et les performances ‘barrière’ des masques décontaminés restaient identiques et que la charge microbienne était réduite à celle observée sur des masques neufs. »

Différentes techniques font l’objet de ces tests :

  • Le traitement par peroxyde d’hydrogène avec le CHU de Liège ;
  • L’irradiation UV avec Lasea, spin-off de l’ULiège spécialiste du laser haute précision ;
  • Le traitement Plasma avec Materia Nova, Centre de Recherche agréé actif dans le domaine des matériaux nouveaux, situé à Mons ;
  • Le traitement par chaleur sèche, avec AMB-Ecosteryl, une entreprise montoise leader mondial dans le traitement des déchets hospitaliers ;
  • Le traitement par oxyde d’éthylène, avec Sterigenics Belgium, entreprise basée à Fleurus et à Petit-Rechain qui fournit aux industries des dispositifs médicaux et à la pharmacie des solutions de stérilisation en utilisant le traitement par oxyde d’éthylène.

Des collaborations avec les Pr Étienne Thiry et Georges Daube (Faculté de Médecine vétérinaire, ULiège) ont également été initiées dans le cadre de ces tests en ce qui concerne l’inactivation virale et microbienne.

Également partenaire du projet, Centexbel, le centre scientifique et technique de l’industrie belge du textile situé à Grâce-Hollogne, réalise les tests d’intégrité des masques.

« Les méthodes démontrent qu’elles éliminent correctement la charge microbienne. Les essais chez Centexbel sur la fonction « barrière » sont très bons », précise Éric Haubruge.

Ces résultats très positifs vont permettre désormais aux établissements de soins de mettre en place en leur sein un protocole d’utilisation de méthodes couramment utilisées. « Les méthodes de traitement au moyen du peroxyde d’hydrogène ou par chaleur sèche sont assez facilement accessibles. Les résultats sont également très positifs pour les méthodes plus novatrices, comme l’irradiation UV et le plasma, qui vont pouvoir s’implémenter aussi prochainement. »

Ces tests concernent un cycle de traitement, sauf pour le peroxyde d’hydrogène pour lequel les tests sur trois cycles de traitement sont également concluants. Il faudra cependant individualiser les masques en vue de leur reconditionnement.

« Nos résultats vont également entrer dans une large étude internationale coordonnée par l’OMS et dont l’ULiège est maintenant partie prenante », se réjouit le Pr Éric Haubruge.

Contact

Eric Haubruge

 

Photo : Gabirel Pahontu for Shutterstock

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