COVID-19 et (dé)confinement : enquête

Quel impact psychologique sur les enfants ?


In Coronavirus Research Opinions

Si l'impact psychologique de la crise sanitaire commence à se dessiner chez l’adulte, il reste encore trop peu étudié chez l’enfant, hors quelques études chinoise ou espagnole par exemple, réalisées dans des pays où le confinement a été très strict. Les enfants ne sont évidemment pas indifférents à l'impact de la crise actuelle. Il est nécessaire de bien comprendre leurs réactions et leurs émotions pour répondre correctement à leurs besoins.

C’est le but de l’enquête menée par Céline Stassart, psychologue clinicienne, chercheuse-assistante en psychologie de la santé à l’Université de Liège.

L’enquête en cours, intitulée Étude sur l’impact psychologique (émotionnel et comportemental) de l’épidémie COVID-19 chez des enfants de 4 à 14 ans, cible les parents des enfants entre 4 et 14 ans, avec la particularité qu’ils doivent répondre enfant par enfant, et non pas globalement pour la famille.

Accéder à l'enquête (en ligne jusqu'au 22 mai)

Interview

Quel est l’objectif de votre étude ?

Nous questionnons les parents pour connaître, à travers eux, le ressenti de l’état émotionnel et comportemental de leurs enfants. Comment, dans le contexte de la pandémie, les enfants « fonctionnent-ils » ? Qu’en est-il de l’impact de l’état émotionnel des parents, ou encore des nouvelles habitudes de vie ? Nous élargissons aussi l’enquête à la période du déconfinement car, à la suite des premières études en Chine et en Espagne, on constate que les mesures de confinement/déconfinement en vigueur ont aussi un impact spécifique.

Quels sont les troubles potentiels à surveiller ?

En psychologie de la santé, on s’intéresse davantage à l’aspect préventif. L’objectif est de détecter des enfants avant même que les pathologies ne surviennent. Et donc à travers cette enquête, de déterminer les situations à risques pour ensuite établir des premières mesures d’intervention, et ainsi réduire les effets possibles de cette situation qui n’est pas prête de revenir à la normale.

On va notamment cibler le sentiment de frustration, comment les enfants la tolèrent-ils ? Leurs repères habituels sont chamboulés et on peut voir apparaître des difficultés à tolérer les frustrations. Est-ce que les modifications des habitudes, se préparer à aller à l’école par exemple, sont tolérées. Comment est ressenti le manque d’interactions sociales, comment les inquiétudes s’expriment-elles… ? Les enfants manifestent-ils de l’inquiétude par rapport à la santé en général, la leur, celle de leurs parents, de leur famille ? Malgré ces inquiétudes, en grande partie adaptatives au vu du contexte actuel, on sait, avec les modèles d’anxiété, que les comportements d’évitement renforcent les peurs.

Entre 4 et 14 ans, il y a beaucoup de différences entre les enfants. Comment l’étude en tient-elle compte ?

Nous avons privilégié des thématiques générales pour tous les enfants mais des questions plus spécifiques concernent des enfants plus âgés ou plus jeunes. Par exemple, constate-t-on des régressions d’apprentissage, la propreté ou l’acquisition du langage chez les plus jeunes. Qu’en est-il de l’utilisation des écrans chez les plus âgés?

Qu’en est-il de la capacité de résilience des enfants ?

Dans une récente étude italienne liée à la crise sanitaire, les enfants semblent capables de s’adapter aux conditions du confinement, plus strict en Italie qu’en Belgique. Mais être capable de s’adapter ne veut pas forcément dire que ces enfants vont bien. Cette étude montre que la capacité de s’adapter ne serait pas signe de bien-être.

photo-C.Stassart Céline Stassart est docteure en sciences psychologiques et chercheuse-assistante dans l’équipe de Psychologie de la santé du Pr Anne-Marie Etienne, Unité de Recherche Interuniversitaire Santé et Société (URiSS) à l’Université de Liège. Elle est également psychologue clinicienne au service de pédiatrie du CHR de Verviers et en consultation privée.
© Photo : Victoria Borodinova, Pixabay

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