Aide à la réussite

Parrainage en BAC 1 : des étudiant·es en soutien aux étudiant·es


Dans Coronavirus Enseignement

L’Université de Liège compense le déficit de liens sociaux résultant du basculement vers l’enseignement à distance par un renforcement des dispositifs d’aides et un vaste programme de parrainage des étudiant·es de première année.

Depuis le début du confinement, à l’Université de Liège, près de 5000 étudiant·es de Bac 1 se sont vus proposer un soutien par 350 de leurs pairs de Bac 2 et Bac 3. Le dispositif prévoit, selon la formule choisie par chaque Faculté, entre 5 et 13 rencontres volontaires d’une heure, réparties sur le quadrimestre.

Adaptation aux conditions de l’enseignement à distance

« En mars 2020, se souvient Anne-Sophie Nyssen, Vice-Rectrice à l’Enseignement et au Bien-être, le passage imposé à l’enseignement à distance conduit à une raréfaction brutale des liens sociaux qui se tissent naturellement dans les auditoires et sur le campus. En vue d’amortir le choc, nous avons pris la décision d’étendre et d’adapter aux outils numériques une expérience pilote de parrainage que nous avions récemment menée avec succès dans 5 Facultés ».

L’organisation a exigé le recrutement de « parrains et marraines » ayant réussi leur première année. Avec l'appui d'un référent facultaire, rémunérés, dûment formés à leur rôle et aux enjeux du programme, ceux-ci ont pris en charge des groupes de maximum 15 primo-arrivants qu’ils ont accompagnés tout au long du trimestre, selon deux formules.

La première, le parrainage « PEPPS », prend la forme de rencontres mensuelles autour de thématiques transversales : exigences, organisation, méthodes d’étude, gestion de la charge de travail, approche du blocus…

Fatima, marraine d’un groupe en Faculté de Philosophie & Lettres témoigne de la satisfaction des participant·es : « Le confinement a été une source d’incertitude à plusieurs niveaux. Le parrainage a fonctionné un peu comme une chambre d’échos pour les inquiétudes, les questions mais aussi l’échange d’informations très pratiques. Les coordinateurs du dispositif nous avaient proposé des thèmes pour chaque rencontre mais ils ont souvent été balayés par des échanges portant sur les préoccupations plus immédiates des étudiant·es, même si, parfois, les thèmes revenaient, mais à d’autres moments que ceux initialement prévus. Le groupe s’est vraiment soudé au fur et à mesure des rencontres. Je sais même qu’il a parfois fonctionné en dehors de ma présence ! ».

La seconde formule, le parrainage GETS pour « Groupe d’étude structurée », inscrite dans un dispositif international certifié de « peer tutoring » (enseignement/apprentissage par les pairs), établit un suivi plus soutenu et attaché à un cours réputé difficile.

Tanguy animait l’un de ces groupes en Faculté des Sciences appliquées : « Le principe de ces rencontres est de travailler sur un cours difficile ensemble chaque semaine, selon une méthode bien définie qui met au centre une discussion active et collaborative, partant des besoins définis par le groupe lui-même. Il y a donc une dimension académique forte, puisque l’objectif est bien de progresser dans la maîtrise du cours en question, jointe à une dimension relationnelle puisque, de manière de plus en plus prononcée à mesure que le temps passe, tous les membres du groupe prennent l’habitude de d’échanger sur la matière, s’apportent des réponses mutuellement, construisent collectivement une compréhension en profondeur, et ce d’une manière qui tranche avec les approches mises en place habituellement ».

Il est à noter que les bénéfices ne sont pas à sens unique puisque les parrains et marraines, outre une rémunération bienvenue pour certains, vu la pénurie des jobs d’étudiants pendant la pandémie, tirent profit de leur engagement en approfondissant pour eux-mêmes des thématiques abordées et en développant des « soft skills » de type pédagogique et organisationnel ou touchant au leadership.

Les étudiant·es partenaires et solidaires

« Cette initiative, estime Dominique Verpoorten, chargé de cours à l’Institut de Formation et de Recherche en Enseignement Supérieur (IFRES) et coordinateur du projet, inscrit résolument l’Université de Liège dans le mouvement émergent du « Student as partner » qui considère que la réussite du plus grand nombre est l’affaire de toute la communauté universitaire, en ce compris les étudiant·es, auxquels sont dès lors reconnues des compétences, des responsabilités, des capacité d’action et de solidarité, au service de leur Alma mater. Nous l’observons dans les faits : dans quasi toutes les Facultés concernées, la réponse des jeunes de deuxième/troisième bac pour devenir parrains/marraines a été généreuse et engagée ».  

Au total, selon les Facultés et les filières dont les données ont été dépouillées, 15% des étudiant·es de première ont saisi le parrainage qui leur a été proposé, une fréquentation qui peut être renforcée si l’on considère qu’un parrainage « en vitesse de croisière », selon les quelques chiffres connus, attire en général entre 30 et 40% d’une cohorte.

« Avec le parrainage, nous ajoutons un élément prometteur à notre panoplie de dispositifs d’accompagnements des étudiant·es. Il est important pour une université de mettre à disposition un éventail de propositions articulées et de faire en sorte qu’un maximum de besoins puisse être rencontré par celles-ci, poursuit Dominique Verpoorten. Une première analyse de corrélation entre la participation au parrainage et la réussite n’a livré de résultats significatifs que pour certaines filières. Toutefois, ces analyses ont permis de remarquer une tendance générale de résultats plus élevés lors de la première session d’examens. Des analyses ultérieures permettront de quantifier mieux ce phénomène. Elles pourraient également soulever empiriquement un autre point de vue sur le lien social comme contributeur à la réussite. » 

Une expérience relationnelle et humaine

Les données de satisfaction fournies par les participants via un questionnaire de feedback indiquent que, toutes Facultés confondues, le parrainage a soutenu « l’intégration sociale », un paramètre qui contribue à la réussite des études universitaires et un processus dynamique essentiel mis à mal par la pandémie. Les répondants manifestent en outre explicitement qu’ils ont perçu le parrainage comme un effort institutionnel utile pour les aider à gérer les inquiétudes et le stress relatifs à la transition secondaire-supérieur et à aborder les études supérieures avec plus de confiance. Entre 80 et 91% des répondants déclarent qu’ils recommanderaient cette expérience relationnelle et humaine aux Bacs 1 de l’an prochain.

(Lien en accès restreint)

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