Leçon thématique

Leçon d'histoire sociale de la musique

« Musik Macht Frei : pratiques, fonctions et instrumentalisation de la musique dans les camps nazis »: le Verfügbar aux enfers de Germaine Tillion : une « opérette-revue » à Ravensbrück


Infos

Dates
5 décembre 2022
Lieu
salle à venir
Place du 20 Août, 7
4000 Liège
Durée
2h00
Horaires
15h30 - 17h30
Prix
5€ (membre de l'Association), 6€ (non membre)

L

e Forum des Savoirs a été créé par l’asbl Les Amis de l’Université de Liège en 2019 afin de regrouper dans un même espace universitaire différents types d'exposés ouverts à tous...

 


Le Verfügbar aux enfers de Germaine Tillion : une « opérette-revue » à Ravensbrück, Stéphane DADO

Description du cycle : 

Imaginer que la musique occupait une place majeure dans les différents types de camps nazis paraît déroutant de nos jours alors que cet art qui incarne un idéal de vie humaniste et raffiné est aux antipodes des crimes et de la barbarie. Dès 1933 pourtant, la musique est présente dans les premiers camps, à Oranienburg par exemple, pour faire croire à l’opinion publique internationale et aux émissaires de la Croix-Rouge en particulier, que les prisonniers sont bien traités. Très rapidement, les nazis vont prendre conscience du potentiel majeur de cet art dans l’organisation quotidienne des camps ; ils imagineront de l’exploiter dans des cadres très particuliers : la rééducation des détenus, la dissimulation des cris produits par les exécutions, l’organisation de la sortie des commandos, l’apaisement des prisonniers à la sortie des trains alors qu’on les mène vers les chambres à gaz, le divertissement des gardiens, la réalisation d’un hymne de camp officiel qui « labellise » le lieu... Certains camps développent même de véritables orchestres (Dachau, Auschwitz, Buchenwald, Birkenau, Mauthausen) qui donnent des concerts le dimanche après-midi afin de permettre aux détenus les plus utiles de se distraire pour mieux affronter le travail du lendemain. L’orchestre de femmes de Birkenau, dirigé par la nièce de Gustav Mahler, la formidable Alma Rosé, est sans doute le plus connu. Il permet en outre de percevoir le statut privilégié des musiciens dans les camps (beaucoup doivent leur survie à cette position). 

Ces pratiques obligatoires de la musique, dans des répertoires très diversifiés, tant instrumentaux que vocaux, n’excluent pas des exécutions privées, à l’initiative des prisonniers eux-mêmes, qui permettent aux communautés ethniques ou religieuses de se soutenir entre elles, aux enfants d’être consolés, aux détenus de résister en secret contre la barbarie ainsi que l’atteste l’extraordinaire opérette-revue satirique, Le Verfügbar aux enfers, que l’ethnographe française Germaine Tillion a écrite à Ravensbrück avec quelques codétenues. La musique est aussi au cœur des différents ghettos européens (à commencer par ceux de Łódź, Varsovie, Vilnius ou Kovno), quartiers de ville rapidement transformés en centre de concentrations, où des chansonniers comme le poète Shmerke Kaczerginski, permettent à une population oppressée d’être informée de l’actualité en musique ou de se moquer des autorités de tutelle. Parmi les différents ghettos, celui de Terezín, dans l’actuelle République tchèque, aura un statut et un mode de fonctionnement à part : il servira de cité modèle de la musique sans éviter pour autant que ses habitants n’échappent aux exterminations.

Ces différents points que nous aborderons au fil de l’année académique seront précédés d’une introduction qui aidera à comprendre comment cette thématique a été abordée par les historiens et les musicologues depuis 1945. Face à la littérature scientifique, face aussi aux différents témoignages des survivants qui se sont accumulés depuis plus de 75 ans, toute étude doit faire l’objet d’un traitement spécifique et d’une méthodologie appropriée qui évitent les discours simplificateurs, les généralisations à outrance, tout en permettant une classification structurée de la matière afin d’appréhender au mieux ce pan si particulier de l’histoire sociale de la musique.

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Contacts

Les Amis de l'Université de Liège asbl, +32 (0)4 366 52 87, reseau-amis@uliege.be

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