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Marilaure Grégoire : une planète bleue

Vers une véritable « citoyenneté des océans »


Comme la météo, les océans sont changeants, et la science tente de prédire leur évolution avec la plus grande précision possible. Dans la lutte contre le changement climatique, Marilaure Grégoire, professeure de modélisation des systèmes marins, estime que ces prévisions sont un moyen puissant pour amener l’humain à respecter l’océan et à s’engager pour sa protection.

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En 2021, l’UNESCO inaugurait la décennie de l’océan, dix années cruciales pour l’étude des mers du monde entier et pour la sensibilisation de la population à l’importance de lutter pour leur préservation. Une opportunité pour Marilaure Grégoire, qui mène des recherches dans le but de mieux comprendre l’influence du réchauffement climatique et des activités humaines sur le fonctionnement de l’océan. Spécialiste de la mer Noire sur laquelle elle a mené nombre de travaux, elle multiplie les projets et les occasions d’attirer l’attention sur un phénomène encore peu connu : la désoxygénation des océans.

« Ce phénomène, qui a lieu depuis le milieu des années 1950, recouvre en fait deux réalités différentes, développe la chercheuse. Il y a d’une part d’immenses zones où les eaux sont pauvres en oxygène, principalement dans l’océan Pacifique. Un processus naturel, mais qui tend à s’aggraver avec le réchauffement climatique. Et d’autre part, on assiste à une eutrophisation de l’océan côtier. En raison des engrais azotés rejetés par les fleuves, le phytoplancton s’y développe massivement, pour être ensuite dégradé par des bactéries qui consomment alors tout l’oxygène de l’eau lors de leur développement. »

Pour y faire face, Marilaure Grégoire tente de mobiliser une communauté scientifique la plus importante possible. Le colloque de dynamique des Océans est organisé chaque année depuis 54 ans. Pour la première fois, l’an passé il avait lieu en format hybride avec des retombées exceptionnelles « En tout, plus de 260 chercheurs se sont réunis à Liège et en ligne, dans le cadre du réseau international GO2NE consacré à la désoxygénation des océans et soutenu par l’UNESCO, résume-t-elle avec fierté. C’est une immense plus-value pour l’Université et cela montre l’impact que nous, chercheurs et chercheuses, pouvons avoir sur le monde. »

Car l’océanologue en est persuadée : les scientifiques ne peuvent se contenter de produire de la connaissance, ils doivent également proposer des solutions. « Mais nous devons agir en collaboration avec la société civile, l’industrie et les décideurs politiques, nuance-t-elle. C’est uniquement de cette manière que ces solutions pourront être acceptées et mises en œuvre par tous ». Dans le cas de la désoxygénation, la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre (GES) est bien sûr un objectif majeur. « Tout change si nos émissions de GES s’arrêtent. Le phénomène est réversible et cela doit être souligné. »

Copernicus

Mais l’un des plus grands espoirs de Marilaure Grégoire réside surtout dans le programme Copernicus, auquel elle participe activement. Ce programme d’observation lancé par l’Union européenne collecte en permanence des informations sur l’ensemble des océans, par le biais de satellites et des bouées autonomes Argos réparties sur l’ensemble des océans du globe. « Nous avons récolté une quantité pharaonique d’informations qui vient nourrir nos modèles prévisionnels, et nous sommes aujourd’hui en mesure de prédire l’océan comme jamais auparavant, estime-t-elle. Ce programme est un espoir immense, car toutes les prévisions que nous déployons sont libres d’accès, ce qui permet une véritable citoyenneté des océans. »

Dans les années à venir, Marilaure Grégoire espère que cette collecte de données ira encore plus loin, et contribuera à créer l’océan digital. « Il s’agit d’un projet extrêmement ambitieux et inspirant de l’Union européenne qui consiste à créer une copie digitale de l’ensemble des océans, explique-t-elle. Le but est de mettre à disposition de chacun et chacune les informations les plus précises possibles sur les courants et la salinité, sur les glaces de mer et sur l’ensemble des organismes vivants, du phytoplancton aux poissons. » Et la chercheuse formule le vœu d’une information ludique et conviviale : « Si l’on veut convaincre le public de s’impliquer dans la protection des océans, il est impératif de le présenter de façon compréhensible pour les non spécialistes. »

L'humain avant tout

Marilaure Grégoire le sait : toutes les données du monde ne sauraient cependant remplacer l’humanité nécessaire à la sauvegarde des océans. « Nous devons bien sûr continuer à accumuler des savoirs, pense-t-elle. Mais il est tout aussi important de les transférer à la société, afin de nourrir au mieux toute l’économie de la mer et les services écosystémiques qu’elle rend aux humains. » Dans ses recherches, la scientifique souhaite donc de plus en plus établir des ponts avec d’autres disciplines. « L’étude des océans ne doit pas uniquement passer par les sciences exactes et naturelles, pointe-t-elle. Les sciences humaines et sociales y ont également leur place, et c’est une richesse de notre université dont nous ne devons pas nous priver. »

De toutes les missions qu’elle mène, celle de l’enseignement tient une place à part dans le cœur de la chercheuse, elle qui au départ s’est lancée dans une carrière universitaire « uniquement dans le but d’enseigner ». Aujourd’hui, consciente de son rôle pour « ces futures générations porteuses d’espoir », elle a fait évoluer ses cours de modélisation mathématique « parfois arides » en menant ses étudiants et étudiantes vers une approche plus transversale, en recherche de solutions. « Je cherche par exemple à les orienter vers les services écosystémiques délivrés par l’océan. Je suis convaincue que c’est en les sensibilisant à ces questions que j’arriverai à les faire réfléchir également en termes d’humain. Car c’est réellement lorsque les gens discutent et regardent ce qu’il est possible de faire ensemble qu’une formidable intelligence collective émerge. Et c’est de cette intelligence que l’océanographie a besoin dans les années à venir. »


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