L'Université de Liège (ULiège) et Thales annoncent la signature d'une convention de partenariat dans le domaine de la défense, qui vise à développer la recherche sur des solutions innovantes en matière de guidage, de contrôle et de propulsion pour les effecteurs de nouvelle génération, en s'appuyant sur les avancées récentes en intelligence artificielle (IA) et en technologies de propulsion.
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e partenariat stratégique de l’ULiège avec Thales, leader européen de la défense et de l’aérospatial, porte sur un montant d’1 million d’euros sur 4 ans (2025-2029). Il se base sur les compétences du Montefiore Institute of Electrical Engineering and Computer Science (Faculté des Sciences Appliquées) de l’ULiège. Dans le cadre de cette collaboration à long terme, le groupe de recherche commun « Advanced Engineering for next generation effectors » abordera principalement les enjeux technologiques en Optimization of Guidance & Control Laws of ammunitions using Reinforcement Learning et Electromagnetic Effectors.
Un contexte technologique en pleine évolution
Les progrès significatifs réalisés ces dernières années dans le domaine de l'IA, notamment en apprentissage par renforcement, ouvrent des perspectives inédites pour l'ingénierie des systèmes de contrôle. Ces avancées permettent d'envisager des améliorations notables dans le contrôle des effecteurs, telles que:
- Une amélioration des systèmes de guidage,
- Une robustesse à la diversité des conditions d’utilisation,
- Une robustesse face aux stratégies adaptatives,
- L’utilisation des effecteurs dans la défense des essaims de drones.
Parallèlement, les technologies de propulsion et les effets terminaux des munitions connaissent des transformations majeures. Les recherches actuelles se concentrent sur :
- La modélisation et l'optimisation multi-physique de canons électromagnétiques pour la propulsion de munitions de différents calibres,
- La génération de champs électromagnétiques intenses pour neutraliser l'électronique ennemie,
- La mesure et la qualification de l'effet des impulsions électromagnétiques en chambre anéchoïque.
Objectifs du partenariat
Dans ce contexte dynamique, l’ULiège et Thales unissent leurs expertises pour :
- Développer des algorithmes d'IA avancés pour le guidage et le contrôle des munitions, améliorant leur efficacité et leur adaptabilité en environnement complexe,
- Concevoir des systèmes de propulsion innovants, notamment via l'utilisation de technologies électromagnétiques, pour augmenter la portée et la vitesse des effecteurs,
- Intégrer des solutions de fusion de capteurs et de traitement d'image pour optimiser la précision et la fiabilité des systèmes d'armes.
Une collaboration bénéfique pour la recherche et l'industrie
Ce partenariat permettra aux étudiants et chercheurs de l'ULiège d'accéder à des projets de recherche appliquée de haut niveau, tout en offrant à Thales l'opportunité de collaborer avec des experts académiques pour accélérer le développement de technologies de pointe.
Alain Quevrin, CEO Thales Belgique : « Cette collaboration avec l'une des institutions académiques les plus prestigieuses de Belgique marque un moment clé dans notre quête d'excellence en matière de défense. En unissant notre expertise industrielle et les talents de la recherche universitaire, nous allons développer des solutions innovantes pour les effecteurs de nouvelle génération, en nous appuyant sur les avancées en intelligence artificielle et en technologies de propulsion. Ensemble nous investissons dans l'avenir de la défense et de l'innovation technologique ! »
Anne-Sophie Nyssen, Rectrice de l’ULiège : « Nous ne concevons pas ce partenariat comme une fuite en avant technologique, mais comme un exercice de lucidité. Le monde change. Et face à cela, il est du devoir d’une institution publique de s’assurer que les progrès technologiques, y compris ceux permis par l’intelligence artificielle, soient encadrés, réfléchis, et mis au service des démocraties. »
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Lire l'intervention de Anne-Sophie Nyssen, Rectrice de l'ULiège
Merci de votre présence aujourd’hui pour cette annonce importante, qui engage notre université dans un partenariat stratégique avec un acteur de premier plan du secteur de la défense en Europe, Thales. Il s’agit d’un partenariat murement réfléchi, établi avec l’appui de la Faculté des Sciences appliquées, en vue de développer des effecteurs de nouvelle génération, s’appuyant sur les avancées les plus récentes de l’intelligence artificielle.
Je suis consciente du caractère sensible du sujet. Outre les questions liées au rôle de l IA dans les décisions critiques que je ne traiterai pas ici, il touche à des questions de sécurité, de souveraineté, mais aussi de morale et d’éthique. Et je souhaite m’exprimer clairement sur cela.
D’abord, un rappel et ma conviction profonde : une université publique a aussi pour mission de servir, de faire grandir et progresser la société. Pas une société abstraite, mais bien une société réelle, faite de citoyens, de valeurs démocratiques et d’enjeux concrets. L’université ne se détourne pas de ces enjeux: elle y prend sa part, y compris dans ces aspects les plus difficiles et le cas échéant elle y prend parti. Dans un monde caractérisé par l’instabilité, par le retour de logiques de puissance et de domination, par la menace de l’extension de la guerre sur notre continent, notre rôle est de mettre la science au service de l’intérêt général, y compris lorsqu’il exprime des enjeux de défense.
Ursula von der Leyen proclamait récemment, « il faut que l’Europe se donne les moyens de sa sécurité. »
C’est bien dans cet esprit que nous agissons et que nous construisons ce partenariat qui contribue à donner à l’Europe les moyens de sa sécurité. La première phase est la dissuasion « Si vis pacem, para bellum » , devise bien connue. La deuxième phase est de se défendre si nous sommes attaqués et nous devons nous en donner les moyens. C’est dans cet esprit que nous construisons cette collaboration. Nous n’entrons pas dans un pacte d’agresseurs. Mais je ne me contenterai pas d’affirmer cela ; c’est la part la plus facile de la morale.
Nous ne pouvons pas ignorer que nous ne sommes pas maîtres des usages de nos innovations. La guerre à Gaza et l’occupation mondiale des universités par des étudiants défendant la Palestine nous ont conduit à renforcer notre lucidité et à préciser nos règles de coopération. C’est pourquoi ce partenariat se veut également un cadre de réflexion éthique. Nos équipes scientifiques en dialogue avec Thales examineront les possibilités de dual use et veilleront en concertation avec la RW à ce que le développement de ces nouvelles technologies ne se servent pas des actions contraires au droit international humanitaire.
À ce titre, je salue ici la présence de Monsieur le Vice-président du gouvernement wallon et Ministre de l’Économie et de l’Industrie.
Au-delà de la collaboration annoncée aujourd’hui, c’est le choix d’une université qui refuse de détourner le regard, et qui place son expertise, son autonomie et sa rigueur au bénéfice des enjeux contemporains.
Je vous remercie.
Pr Éric Delhez, Doyen de la Faculté des Sciences Appliquées, ULiège : « Cette collaboration constitue une formidable opportunité de confronter les trajectoires de recherche développées au sein de la Faculté des Sciences Appliquées avec les besoins industriels dans un domaine stratégique et de profiter de l'expertise internationale de Thales dans les domaines d'excellence partagés avec les équipes de recherche de la Faculté. Elle s'inscrit dans une démarche globale visant à faciliter et à accélérer le transfert de connaissances du monde académique vers les entreprises pour soutenir l'innovation et mieux répondre encore aux besoins de notre société. »
Pr Damien Ernst (Institut Montefiore, Faculté des Sciences Appliquées, ULiège), qui poursuivra les recherches avec son équipe et celle du Pr Christophe Geuzaine : « Les moyens de défense de demain impliqueront des dispositifs physiques (roquettes, drones, mitrailleuses, etc.) contrôlés par une couche d’intelligence artificielle (IA) avancée. Les défis techniques pour construire cette couche d’IA sont immenses mais je pense qu’on a l’expertise suffisante à l’ULiège pour arriver à les relever, même si cela va demander énormément de recherche fondamentale très difficile à mener. On parle ici d’une complexité algorithmique bien plus importante que celle associée par exemple aux ‘’Large Language Models’’. »
La signature de la convention s’est tenue en présence de Pierre-Yves Jeholet, Vice-président du gouvernement wallon et Ministre de l’Économie et de l’Industrie. Il souligne : « L’innovation est la pierre angulaire de tout développement entrepreneurial, ce qui rend la recherche essentielle. Ce partenariat en est un bon exemple : en tant que Ministre wallon de l'Économie et de l’Industrie, je souhaite voir ce type d'initiatives se multiplier et s'amplifier. Il illustre la stratégie de valorisation industrielle que nous portons au sein du Gouvernement wallon : faire de la Wallonie un acteur de premier plan et compétitif dans les chaînes de valeur technologiques de demain en alliant les forces de nos chercheurs et de nos industriels. Cette collaboration entre l’ULiège et Thales me réjouit car elle est synonyme de progrès, d’innovation et d’avancées technologiques majeures pour le secteur de la Défense. »
© Université de Liège / J.Louis
Vos contacts à l'ULiège
Christophe Geuzaine
Damien Ernst
À propos de l’ULiège et de la Faculté des Sciences Appliquées
L’Université de Liège (ULiège) est la plus grande université publique francophone de Belgique. Elle réunit plus de 5700 membres du personnel sur 4 campus (Liège Centre et Sart Tilman, Gembloux, Arlon), dont 3600 enseignants et chercheurs actifs dans tous les domaines des sciences humaines et sociales, des sciences et techniques et des sciences de la santé. Elle accueille près de 27 000 étudiants de 123 nationalités différentes. Actrice de la transition sociale et environnementale, l’ULiège accompagne les étudiantes et étudiants dans leur rôle de citoyens responsables et promeut une recherche éthique, transdisciplinaire et ouverte. Engagée dans son territoire, elle contribue à son développement socio-économique et y développe de nombreux partenariats avec les acteurs scientifiques, les industries et les entreprises, et les pouvoirs publics.
La Faculté des Sciences Appliquées est un acteur dynamique de la recherche internationale dans les domaines des technologies digitales et numériques, de l'électronique, de l'aérospatiale, de l'énergie, des matériaux, du génie urbain et environnemental, des transports et du génie biomédical. Ses programmes de bachelier, master et doctorat, ancrés dans cette recherche, forment les futures générations d’acteurs du développement et de l’utilisation responsable des technologies. À travers ses nombreuses partenariats avec des acteurs privés et publics, la Faculté des Sciences Appliquées de l'Université de Liège met également son expertise au service de sa région et de la société.
À propos de Thales
Thales (Euronext Paris: HO) est un leader mondial des hautes technologies spécialisé dans trois secteurs d’activité : Défense & Sécurité, Aéronautique & Spatial, et Cybersécurité & Identité numérique.
Il développe des produits et solutions qui contribuent à un monde plus sûr, plus respectueux de l’environnement et plus inclusif.
Le Groupe investit près de 4 milliards d’euros par an en Recherche & Développement, notamment dans des domaines clés de l’innovation tels que l’IA, la cybersécurité, le quantique, les technologies du cloud et la 6G.
Thales compte près de 81 000 collaborateurs dans 68 pays. En 2024, le Groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 20,6 milliards d'euros.
À propos de Thales Belgique
Thales Belgique, une filiale de l’entreprise française Thales Group, est présente depuis plus de 50 ans au service de la Belgique dans trois domaines : Défense & Sécurité, Aéronautique & Espace, Identité numérique & Sécurité.
Ses équipes mettent au point des produits et des solutions qui contribuent à un monde plus sûr, plus écologique et plus inclusif. Thales en Belgique emploie plus de 1200 personnes réparties sur 9 sites en Belgique (Herstal, Tubize, Bruxelles, Charleroi, Hasselt, Leuven, Zaventem et Hasselt).
Chaque année, Thales Belgique participe à la recherche-développement en Belgique, notamment dans les secteurs clés des technologies quantiques, de l’informatique de pointe, de la 6G et de la cybersécurité.