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Journée Internationale du chat : regard paléontologique sur nos félins préférés


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©️ ULiège - V. Havelange

En ce 8 août, des chercheurs et chercheuses de l’ULiège partagent des éléments clés pour mieux comprendre comment nos félins ont évolué avant de devenir les chats domestiques que l’on connaît aujourd’hui.

Le plus ancien félidé connu a été découvert…en France !

Ce félidé, de son petit nom Proailurus lemanensis pesait environ une dizaine de kilos et vivait dans nos contrées il y a près de 30 millions d’années, juste après un brusque refroidissement climatique global. Il avait des apparences félines tout en ayant un crâne plus allongé que les félidés actuels, probablement à mi chemin entre un chat et une genette, ressemblant à ceci : 

Proailurus lemanensis ,Mauricio Anton

Proailurus lemanensis | © Mauricio Anton

 

Nos chats aujourd’hui appartiennent au genre Felis, qui s’est distancié des autres félins il y a 6,7 millions d’années. Mais il n’y a pas que notre chat domestique ! Six autres espèces de chats sauvages ont été identifiées dans les écosystèmes actuels :Aquaportail chats

© Aquaportail

 

 

Comme l’illustration le montre, les chats ont une forme corporelle très proche de celle de leurs cousins sauvages et ont conservé une forme quasi identique à celle de leurs ancêtres. Il y a également moins de races de chats domestiques que de chiens.

Un os qui ne permet pas de rugir

Saviez-vous que le ronronnement n’était pas forcément un choix chez le chat ? Nos petits félins ne peuvent en effet physiquement pas rugir à cause de la structure d’un de leur os appelé « os hyoïde ». Cet os est entièrement ossifié et ne permet que le ronronnement. Par contre, pour le groupe des panthères (lions, tigres, jaguars etc.), une partie de cet os n’est pas complètement ossifié, ce qui permet un rugissement. Fait amusant : les tigres à dents de sabre  (oui oui, comme Diego dans l'Age de Glace) comme l’espèce Smilodon fatalis auraient un os hyoïde plus similaire à celui d’un chat domestique qu’à celui d’un tigre, tout en restant assez unique en son genre. Cette espèce au premier abord effrayante le devenait nettement moins lorsqu’elle émettait un son ressemblant plus à un ronronnement plutôt qu’un rugissement.

 

anatomie panthere felin ADeutsch

À gauche, illustration de l’anatomie d’une panthère (un tigre) qui est capable de rugir – la partie en mauve n’étant que partiellement ossifiée À droite, illustration de l’anatomie du crâne d’un félin qui peut ronronner (un caracal) – la partie en mauve étant complètement ossifiée. | © Ashley R. Deutsch

 

Pour aller plus loin, la chercheuse Dr. Narimane Chatar a dédié sa thèse aux tigres à dents de sabres et plus particulièrement sur comment ces espèces aux dents impressionnantes arrivaient à chasser mais également comment ces espèces sont apparues et se sont éteintes à l’aide de modèles 3D de crânes et de simulations biomécaniques. Ses recherches ont révélé que toutes les espèces de tigres à dents de sabres ne chassaient pas de la même façon et ont mis en lumière certains facteurs évolutifs ayant permis l’apparition de telles morphologies extrêmes.

Découvrez ses recherches

 

article 8aout barbourofelis fricki n.chatar

Barbourofelis fricki USNM PAL 531533 et le modèle 3D résultant du scan. Barbourofelis fricki est une espèce extrêmement dérivée et possède les crocs les plus impressionnants de tout l'ensemble des données. | © Narimane Chatar

 

Une vie en rouge et vert

L’idée reçue dit que nos félins ont une vision digne des films des années 40, or des études récentes ont montré que les chats percevaient certaines couleurs. Cependant, leur vision s’apparenterait plutôt à celle d’un humain atteint de daltonisme rouge-vert. Inutile donc de vous attendre à ce que Moustache apprécie la déco de votre salon à Noël !

Un régime bien spécifique

Saviez-vous que les chats possédaient seulement 30 dents, contre 42 pour les chiens ? Cela est lié à leur régime strictement carnivore. En effet, au cours de leur évolution, les félidés montrent une simplification et une spécialisation de leur dentition afin de trancher au mieux la viande. Les canidés, eux, ont conservé une dentition plus complexe et plus variée, leur permettant d’avoir une alimentation plus diversifiée.

L’adaptation au régime carnivore explique aussi la formation de boules de poils qui sont parfois régurgitées : le système digestif de Félix et Poupouss ne contient pas d’enzymes pour diriger la kératine qu’on retrouve dans les poils, cheveux et ongles.

Toujours sur leur régime alimentaire : nos chasseurs domestiques ne ramèneraient que 20 à 30% des proies qu’ils tuent. On sous-estime donc largement leur impact sur la biodiversité, et même s’ils sont bien nourris, ils continuent de chasser !

Des panthères en Belgique ?

Oui, vous avez bien lu ! Pendant les dernières ères glaciaires, plusieurs grands félidés auraient élu domicile sur notre territoire comme le lion des cavernes ou la panthère de Gombaszög. D’ailleurs, un magnifique crâne de panthère de Gombaszög provenant de la Belle Roche à Sprimont et appartenant aux collections de l’Université peut être admiré au musée Curtius à Liège, et une réplique est exposée au musée de Comblain. Cette espèce a longtemps été considérée comme une sous-espèce de Jaguar, mais une étude récente menée par les chercheurs de l’ULiège a prouvé qu'il s'agissait bien d'une espèce à part entière, et qu'elle serait plus proche du tigre que du jaguar. 

Panthera gombaszoegensis

Panthera Gombaszoegensis | © Andrey Atuchin, Centre d’Interprétation de la Pierre (Sprimont)

 

Article co-écrit avec les chercheuses et chercheurs Dr. Narimane Chatar, Melvin Vankelst et le Prof. Valentin Fischer

Sources

Cecchetti, M., Crowley, S. L., Goodwin, C. E., & McDonald, R. A. (2021). Provision of high meat content food and object play reduce predation of wild animals by domestic cats Felis catusCurrent biology, 31, 1107-1111.

Chatar, N., Michaud, M. & Fischer, V. (2022). Not a jaguar after all? Phylogenetic affinities and morphology of the Pleistocene felid Panthera gombaszoegensisPapers in Palaeontology., 8, e1464. https://doi.org/10.1002/spp2.1464

Clark, D.L. & Clark, R.A. (2016). Neutral point testing of color vision in the domestic cat. Experimental Eye Research, 153, 23-26, https://doi.org/10.1016/j.exer.2016.10.002

Deutsch, A. R., Brian Langerhans, R., Flores, D., & Hartstone‐Rose, A. (2023). The roar of Rancho La Brea? Comparative anatomy of modern and fossil felid hyoid bones. Journal of Morphology., 284. https://doi.org/10.1002/jmor.21627

Loyd, K. A. T., Hernandez, S. M., Carroll, J. P., Abernathy, K. J., & Marshall, G. J. (2013). Quantifying free-roaming domestic cat predation using animal-borne video cameras. Biological Conservation, 160, 183-189.

Peigné, S. (1999). Proailurus, l'un des plus anciens Felidae (Carnivora) d'Eurasie: systématique et évolution. Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Toulouse, 135, 125-134.

Johnson, W. E., Eizirik, E., Pecon-Slattery, J., Murphy, W. J., Antunes, A., Teeling, E., & O'Brien, S. J. (2006). The late Miocene radiation of modern Felidae: a genetic assessment. Science, 311, 73-77.

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