L’Université de Liège (ULiège) signe un nouvel accord de licence avec la société chinoise Ningbo SanSheng Biological Technology, acteur majeur de la santé animale en Chine, pour le développement et la commercialisation d’un vaccin contre un herpèsvirus de l’anguille (Anguillid herpesvirus 1, AngHV-1), une maladie virale responsable de lourdes pertes dans les élevages d’anguilles. Ce vaccin a été mis au point par les chercheurs du laboratoire de Virologie et de Vaccinologie de la Faculté de Médecine Vétérinaire de l’ULiège, dirigé par le Professeur Alain Vanderplasschen, affilié au WEL Research Institute.
Une menace importante pour l’espèce et le secteur aquacole stratégique
La production mondiale d’anguilles, qui oscillait entre 300 000 et 350 000 tonnes par an dans les années 2000 (aquaculture et pêche confondues), est en forte diminution, principalement en raison de l’effondrement des populations sauvages à travers le monde. Cette situation a stimulé le recours à l’aquaculture, qui représente aujourd’hui la majorité de la production globale, avec une concentration particulièrement élevée en Asie, et notamment en Chine, principal producteur et exportateur mondial. Le pays représente à lui seul plus de 70 % de l’offre globale. Mais l’élevage d’anguilles repose sur la capture dans les rivières de civelles – les jeunes anguilles à un stade larvaire – qui sont ensuite élevées en captivité. La surexploitation des civelles, combinée à la raréfaction des anguilles sauvages et aux problèmes sanitaires en élevage, soulève de plus en plus de questions sur la durabilité du commerce mondial de l’anguille.
Dans ce contexte tendu, le virus AngHV-1, identifié pour la première fois dans les années 1980, provoque chez les anguilles une maladie grave, surnommée « maladie de la tête rouge », caractérisée par de graves lésions hémorragiques et des troubles nerveux. Ce virus est aujourd’hui détecté dans de nombreuses régions de production et peut entraîner jusqu’à 60 % de mortalité dans les bassins d’élevage.
Au-delà des pertes économiques pour le secteur aquacole, le virus pourrait également jouer un rôle dans le déclin des populations sauvages, notamment celui de l’anguille européenne, aujourd’hui classée espèce menacée par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). En Europe, sa population a chuté de plus de 90 % au cours des dernières décennies, provoquant une flambée du prix des civelles (jusqu’à 3 000 euros/kg) et la mise en place de programmes de conservation stricts.
En l’absence de vaccin disponible compatible avec une administration par immersion dans de l’eau, la maladie constitue une menace majeure pour la conservation de l’espèce et la durabilité du secteur.
Un vaccin innovant pour protéger l’anguille
Fort de l’expérience acquise dans le développement d’un vaccin contre l’herpèsvirus de la carpe (koï et commune) qui appartient à la même famille virale que l’ AngHV-1, le laboratoire du Professeur Vanderplasschen a mis au point un nouveau vaccin vivant recombinant atténué contre l’AngHV-1, administrable par immersion dans les bassins d’élevage. Des années de recherche, soutenues notamment par le Wel Research Institute (WELBIO-CR-2022 A-14 12) et par le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (projet Eel4ever), ont permis de développer une solution adaptée aux contraintes de l’aquaculture : une vaccination de masse simple et efficace, qui stimule le système immunitaire des anguilles tout en garantissant leur protection durable contre la maladie.
Le vaccin a montré des résultats très prometteurs en termes de sécurité et d’efficacité. Il constitue une solution pratique, stable et immédiatement applicable pour les pisciculteurs. Il pourrait, à terme, contribuer non seulement à la protection des élevages, mais aussi à des actions de préservation des populations sauvages, notamment l’anguille européenne.
« Ce vaccin est l’aboutissement de plusieurs années de recherche fondamentale et appliquée, soutenue par des partenaires institutionnels belges et européens ainsi que des partenaires industriels. C’est une fierté de voir nos travaux se traduire aujourd’hui par une solution concrète pour protéger une espèce menacée et un secteur économique essentiels. » déclare le Professeur Vanderplasschen.
Cette innovation est protégée par un dépôt de brevet européen : European Patent Application No. EP24208936.5, déposé le 25 octobre 2024 par l’Université de Liège.
Un partenariat stratégique pour le marché asiatique
Le 17 juillet 2025, par l’intermédiaire du service ULiège-RISE, en charge de la gestion de la recherche et de la valorisation des résultats de la recherche, et de Gesval, société de transfert de technologies et d’investissement de l’ULiège, un accord de licence a été conclu avec Ningbo SanSheng Biological Technology. Celui-ci prévoit la mise en production et la distribution du vaccin sur le marché asiatique, où les besoins sont particulièrement pressants.
Ce partenariat s’inscrit dans la continuité d’un premier accord de licence signé en octobre 2020 entre les deux entités pour un vaccin ciblant le Koi Herpesvirus (KHV), virus qui affecte les carpes communes et koï. Il marque une nouvelle étape dans la collaboration entre l’ULiège et Ningbo SanSheng, ayant pour objectif d’apporter des solutions pour lutter contre des virus dont le poids économique ou écologique est important dans le secteur.
L’Université de Liège est à présent en recherche d’un partenaire pour développer l’accès de ce vaccin au marché européen et américain, où la conservation de l’espèce et la régulation de leur commerce posent également de grands défis.
À propos du Laboratoire de Virologie et de Vaccinologie – ULiège
Le laboratoire du Professeur Alain Vanderplasschen, rattaché à la Faculté de Médecine vétérinaire de l’Université de Liège, est spécialisé dans le développement de nouveaux vaccins et l'étude des interactions hôte-pathogène chez l’animal. Professor Alain Vanderplasschen est le lauréat de nombreux prix scientifiques prestigieux.
À propos de Ningbo SanSheng Biological Technology
Fondée en 1958, la société Ningbo SanSheng Biological Technology est spécialisée dans les biotechnologies appliquées à la reproduction animale. Depuis 2000, elle a étendu son expertise à la santé des animaux d’élevage, en particulier dans les domaines du développement de vaccins. SanSheng est aujourd’hui l’un des leaders du secteur de la santé animale en Chine, reconnu pour son engagement en faveur d’un élevage durable et performant.
À propos du WEL Research Institute
Le WEL Research Institute soutient la recherche stratégique d’excellence au sein de ses départements WELBIO et WELT en vue d'en valoriser les innovations de rupture pour un impact dans les domaines de la santé et de la transition durable.