Célébrée chaque année le 11 février depuis sa proclamation par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015, la Journée internationale des femmes et des filles de science met en lumière les contributions majeures des femmes en science et rappelle que progrès scientifique et égalité de genre doivent avancer de concert pour relever les défis mondiaux. À cette occasion, l’Université de Liège choisit de mettre en lumière une initiative concrète en faveur de l’égalité de genre : la féminisation des noms d’amphithéâtres et de salles de cours.
Longtemps invisibilisées dans la toponymie universitaire, les femmes retrouvent aujourd’hui une place légitime au cœur même des lieux de transmission du savoir. De Mania Pavella à Françoise Héritier, en passant par Hena Maes-Jelinek, ces pionnières donnent désormais leur nom aux espaces où se forment les générations futures.
Un engagement institutionnel
Depuis 2019, l’ULiège s’est engagée activement dans la lutte contre toutes les formes de discrimination, notamment avec la création en 2022 du Conseil Genre et Égalité (CGE). La féminisation progressive des noms de salles et d’amphithéâtres s’inscrit pleinement dans le Plan Stratégique Institutionnel de l’Université et constitue une avancée concrète de cet engagement.
Comme la rebaptisation des rues et des places dans l’espace public, cette démarche constitue un geste symbolique fort, porteur de visibilité, de reconnaissance et de légitimité pour les femmes dans l’enseignement et la recherche. Au-delà de l'hommage rendu à des figures féminines ayant eu un impact dans leur domaine, le projet participe à une lecture plus complète et plus juste de l'Histoire.
Il a également une influence directe sur les étudiantes et chercheuses d’aujourd’hui et de demain, en proposant des modèles d’identification et en contribuant à renforcer le sentiment de légitimité des femmes dans l’ensemble des domaines académiques.
Des réalisations déjà bien concrètes
En 2023, chaque faculté a été invitée à constituer un groupe de travail réunissant chercheur·euses, enseignant·es et étudiant·es, chargé de formuler des propositions en fonction de ses disciplines et cultures scientifiques spécifiques. Le Conseil Genre et Égalité assure l’harmonisation institutionnelle et l’accompagnement du processus.
Plusieurs facultés ont d’ores et déjà engagé ce travail et enregistré des avancées significatives.
Faculté des Sciences sociales et Faculté de Droit, de Sciences politiques et de Criminologie
Ces deux facultés ont collaboré pour renommer plusieurs amphithéâtres du bâtiment B31, désormais dédiés à des figures féminines majeures ayant profondément marqué les disciplines qui y sont enseignées : Marie-Andrée Bertrand, Mireille Delmas-Marty, Françoise Héritier, Margaret Mead, Marianne Weber et Catherine Zwetkoff.
Marie-Andrée BERTRAND (1925 - 2011)
Madame Marie-Andrée BERTRAND, figure emblématique de la criminologie québécoise, a profondément marqué les sphères académique et social. Née à Montréal, elle a suivi un parcours exceptionnel qui a culminé en 1967 lorsqu'elle est devenue la première Québécoise, et femme, à obtenir un doctorat en criminologie de l'Université de Californie à Berkeley.
Son esprit pionnier s'est ensuite a affirmé au sein de l'École de criminologie et du Centre international de criminologie comparée, où elle a enseigné de 1963 à 1996. Parallèlement, elle a contribué au Programme de PhD en sciences humaines appliquées de 1989 à 2009, transmettant avec passion son savoir et sa vision novatrice.
L'empreinte de ses travaux de recherche demeure indélébile dans les domaines où elle a déployé son engagement. À la fois intervenante sociale, criminologue, féministe, syndicaliste, antiprohibitionniste et chercheuse, elle a toujours défendu des valeurs fondamentales telles que la liberté d’action, l’égalité et la dignité humaine. Son soutien indéfectible aux groupes et individus les plus vulnérables, notamment les femmes incarcérées et les personnes aux prises avec une addiction aux drogues, a guidé l’ensemble de son action. Convaincue de la nécessité de combattre les pratiques et politiques discriminatoires aggravant leur précarité, elle a mis son expertise et sa pensée critique au service des plus démunis avec un dévouement exemplaire.
Marie-Andrée Bertrand s'est particulièrement illustrée dans sa critique des politiques sur les drogues, jouant un rôle de premier plan tant au niveau national qu’international pour remettre en question le régime prohibitionniste. Son engagement s'est concrétisé notamment par son implication dans la création de la revue Drogues, santé et société, où elle a siégé activement au comité de rédaction de 2001 à 2008. Animée d'une volonté inébranlable d’appliquer une approche critique, politique et sociale à l’étude des drogues, elle a influencé la revue tant par ses orientations que par les textes qu’elle y a publiés. Visionnaire, elle a plaidé avec force pour que la dimension "santé" soit pleinement reconnue, témoignant ainsi de sa profonde humanité.
Parallèlement à ses travaux sur les politiques en matière de drogues, Marie-Andrée Bertrand a consacré sa carrière à l’analyse des injustices liées au genre, à la classe et à l’ethnicité au sein du système pénal, notamment en ce qui concerne l’incarcération des femmes. Ses recherches ont dévoilé les rapports des femmes au droit pénal et les inégalités systémiques qui les affectent. De plus, son influence s’est étendue bien au-delà du milieu universitaire grâce à sa présence médiatique et à ses nombreuses publications, dont La femme et le crime et Prisons pour femmes. Son ouvrage Les femmes et la criminalité, paru en 2003, constitue une référence essentielle en offrant un éclairage sur l’évolution de la criminalité féminine sur trente ans et sur les réponses sociétales à ce phénomène.
Honorée à maintes reprises, Marie-Andrée Bertrand a marqué son époque par son engagement indéfectible envers la justice sociale. En effet, sa nomination au prix Nobel de la paix en 1994 a salué sa contribution exceptionnelle à la lutte contre les discriminations. De ce fait, son œuvre a largement contribué à la modernisation et à l’équité de la société québécoise.
Par ailleurs, pendant plus de quatre décennies, elle a mené un combat constant pour l’égalité des femmes, que ce soit dans les sphères juridique, politique, professionnelle ou sociale. Ainsi, son engagement a été reconnu par plusieurs distinctions, notamment le titre d'Officier de l’Ordre national du Québec (2005) et de Chevalier de l’Ordre de la Pléiade, Ordre de la francophonie (2001). Enfin, elle a également reçu le Prix Esdras-Minville en sciences sociales en 1994.
Mireille DELMAS-MARTY (1941 - 2022)
Madame Mireille DELMAS-MARTY a été professeure de droit dans plusieurs universités françaises, où elle a étudié et enseigné le droit pénal, mais aussi d'autres disciplines juridiques avec une ouverture remarquable sur le monde et son évolution. Très liée à la Belgique et à l'Université de Liège, elle a fait rayonner ses travaux tant par des publications académiques reconnues qu'à travers sa contribution aux réformes et réflexions menées par de nombreuses institutions nationales et internationales.
Après avoir soutenu en 1969 une thèse intitulée Les sociétés de construction devant la loi pénale, elle a obtenu, l'année suivante, l'agrégation en droit privé et en sciences criminelles. Elle a ensuite enseigné successivement à l'Université de Lille II (1971-1977), à l'Université Paris XI (Faculté de droit de Sceaux) (1977-1990) et puis à l'Université Panthéon-Sorbonne (1990-2002). Son parcours a été couronné par sa nomination en tant que Professeure au Collège de France où elle est devenue titulaire de la Chaire d'études juridiques comparatives et internationalisation du droit (2002-2012).
Dans le prolongement de sa thèse de doctorat, son expertise s'est d'abord forgée dans le domaine du droit pénal (avec une ouverture sur la criminologie). En témoignent des publications comme Droit pénal des affaires (PUF, 1973) ou Punir sans juger (Economica, 1992). Madame DELMAS-MARTY a toutefois, dès l'entame de sa carrière, étendu ses travaux académiques à d'autres disciplines du droit en publiant par exemple Le droit de la famille (PUF, 1976). Les travaux publiés au tournant du 21e siècle touchent davantage à la théorie du droit, à des questions relatives aux droits fondamentaux ou à l'internationalisation du droit. Elle a également développé une pensée sur le numérique et l'intelligence artificielle. À titre d'illustrations, peuvent être épinglés des ouvrages comme Le flou du droit : du code pénal aux droits de l'homme (PUF, 2004), Les forces imaginantes du droit (Le Seuil, quatre volumes, 2004, 2006, 2007 et 2011) ou Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Le Seuil, 2010). Certaines de ses publications ont été traduites dans plus de dix langues.
La renommée acquise grâce à la qualité de ses travaux universitaires a amené la professeure DELMAS-MARTY à siéger, entre 1981 et 1986, dans la commission de réforme du Code pénal (français) mise en place et présidée par Robert BADINTER. Sa maîtrise transdisciplinaire du droit et son implication dans les questions de société se sont confirmées avec sa nomination par François MITTERRAND comme membre du Comité consultatif pour la révision de la Constitution présidé par le doyen George VEDEL (1992) et par sa participation, à la demande de Jacques CHIRAC et Lionel JOSPIN à un groupe de travail intitulé « Débat sur l'avenir de l'Europe » (2001). Par-delà le niveau national, elle a été appelée à contribuer à des travaux dans divers forums internationaux, comme le Conseil de l'Europe ou l'Organisation des Nations Unies. Elle a également œuvré comme conseillère spéciale auprès du procureur de la Cour pénale internationale (2011-2015).
La professeure DELMAS-MARTY a entretenu des liens forts avec la Belgique et l'Université de Liège en particulier. Elle a notamment été élue en 1989 en qualité de « membre associé » de l'Académie royale de Belgique (Classe des Lettres), sur présentation des professeurs Simone DAVID-CONSTANT et Robert LEGROS. C'est par ailleurs notre Université qui lui a délivré, en 1993, son premier titre de Docteur honoris causa (que lui ont ensuite attribué sept autres universités). C'est à l'initiative de la Faculté de droit de Liège que cet honneur lui a été conféré : en sa séance extraordinaire du 17 avril 1991, le Conseil de Faculté, invité à proposer des personnalités qu'il souhaiterait voir promues au rang de Docteur honoris causa dans le cadre des festivités du 175e anniversaire de l'Université de Liège, avait placé à l'unanimité Madame DELMAS-MARTY en tête d'une liste comprenant trois noms. À cette occasion, le professeur Georges KELLENS, parrain de cette candidature aux côtés du professeur Michel FRANCHIMONT, avait rappelé que l'intéressée entretenait depuis longtemps des liens avec notre Faculté, qui s'étaient notamment traduits par une désignation en tant que « professeur invité ».
Au lendemain de son décès, de nombreuses institutions prestigieuses et la presse lui ont rendu un vif hommage en évoquant notamment son attention sans relâche en faveur de l'État de droit, la dimension visionnaire de sa pensée et son statut d'éminente juriste et enseignante. Selon Le Monde, Mireille DELMAS-MARTY « a consacré sa vie à la place du droit face aux transformations du monde contemporain, avec un regard incisif et profondément humaniste ».
Françoise Héritier (1933 - 2017)
Françoise Héritier était une anthropologue française. Ses travaux prolongent et complètent ceux de Claude Lévi-Strauss (dont elle a été l'étudiante), auquel elle a succédé au Collège de France en 1982 (elle fut la deuxième femme à y être professeure). Ses recherches s'inscrivent dans le courant structuraliste, et ont porté surtout sur la parenté, le corps, et les inégalités hommes-femmes. Elles ont commencé dans les années 1950 (avec des terrains chez les Samo et dans plusieurs régions africaines), et ont été menées à l'École pratique des hautes études, au CNRS, puis en tant que directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, avant sa nomination au Collège de France.
Ses travaux sont considérés comme des avancées majeures dans le domaine de l'anthropologie des systèmes d'alliances (choix du conjoint dans les sociétés "semi-complexes" où il n'y a pas de prescription, mais seulement des interdictions), de l'anthropologie de l'inceste (notamment "du deuxième type", soit l'interdiction faite à deux consanguins d'avoir le même partenaire sexuel) et de l'anthropologie des inégalités hommes-femmes (Héritier a proposé le concept de "valence différentielle des sexes" pour compléter la théorie de Lévi-Strauss sur "l'échange des femmes").
Connue pour ses prises de position féministes dans le débat public, elle a publié plusieurs livres sur la "valence différentielle des sexes", qu'elle considérait comme universelle mais pas éternelle (Masculin Féminin t. 1 : la pensée de la différence, 1996 ; Masculin Féminin t. 2 : dissoudre la hiérarchie, 2002). Elle considérait la contraception comme un instrument clé de l'émancipation des femmes, qui agissait dans le nœud premier de leur infériorisation, soit leurs capacités reproductives.
Elle est également connue pour sa participation à des débats de société sur les questions d'éthique (procréation, santé...) et de famille, dans le cadre de plusieurs institutions françaises, et en tant que proche du Parti Socialiste (elle a été présidente du Conseil national du sida, membre du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie, membre du Haut-Conseil de la francophonie, du Haut-Conseil de la population et de la famille et du Conseil économique et social). D'abord opposée à une reconnaissance légale des couples de même sexe, qu'elle considérait comme la transgression d'un invariant anthropologique (débat sur le "PACS" en 1999), elle a fini par repenser la diversité des façons de faire la parenté à travers le monde, et par prendre position en faveur du "mariage pour tous" (2013).
Margaret Mead (1901 - 1978)
Margaret Mead était une anthropologue américaine, née à Philadelphia en 1901, et décédée à New York en 1978. Elle est mondialement reconnue pour la qualité de ses travaux scientifiques et reste une chercheuse très influente pour l'anthropologie culturelle. Mead a étudié et obtenu ses diplômes de master et de doctorat à l'Université de Columbia, où elle a étudié aux côtés de Franz Boas, considéré comme le père de l'anthropologie américaine, et d'une autre anthropologue très influente, Ruth Benedict.
Mead a enseigné dans de nombreuses universités, telles que le Vassar College, New York University, Wellesley College et Columbia University. En 1949, elle a également été présidente de la Société d'Anthropologie Appliquée, en 1960 de la American Anthropological Association et en 1975 de la American Association for the Advancement of Science. Elle contribue ainsi à populariser l'anthropologie culturelle, non seulement aux États-Unis, mais également dans toute la partie dite "occidentale" du monde. Cependant, son travail n'est pas resté confiné au monde universitaire. En effet, elle a travaillé dès ses années d'étude avec l'American Museum of Natural History de New York City, jusqu'en 1978. Bien sûr, au cours de sa carrière, elle est restée très active dans le milieu académique.
Ses travaux ethnographiques se sont concentrés sur l'Océanie. En 1928, elle publie son premier livre "Coming of Age in Samoa" (traduit par "Adolescence à Samoa") qui connaîtra un grand succès dès sa sortie. Ce livre retrace son enquête ethnographique sur la sexualité des Samoans, en particulier des adolescents et adolescentes, dans un contexte où la "crise de l'adolescence" préoccupe nombre d'États-Uniens. Elle y démontre l'influence des cultures sur les développements humains : l'adolescence à Samoa diffère de cette période de vie aux États-Unis sur divers aspects qu'elle a documentés. Ce livre deviendra ensuite un des plus cités dans les études sur l'éducation, la sexualité et l'adolescence. Ce livre lui vaut également de sérieuses critiques quant à l'aspect méthodologique de son enquête. Cela permettra aux générations d'anthropologues qui la suivent d'affiner les pratiques ethnographiques.
Grâce à ses travaux portant sur le rapport à la sexualité et sur la division sexuelle du travail, elle est également devenue une figure centrale de la deuxième vague féministe. Dans les années 1960, dans le contexte de ce qui est appelé "révolution sexuelle", elle a également pris position pour l'élargissement des conventions sexuelles traditionnelles propres à la vie religieuse occidentale de l'époque.
Au total, Margaret Mead a publié 23 livres, dont "Growing Up in New Guinea" (1930), "Sex and Temperament in Three Primitive Societies" (1935), "Balinese Character: A Photographic Analysis" (1942, avec son mari Gregory Bateson), "Continuities in Cultural Evolution" (1964), "A Rap on Race" (1971, avec James Baldwin) ; "Male and Female: A Study of the Sexes in a Changing World" (1949), "Anthropology: A Human Science" (1964), "Culture and Commitment" (1970). Elle a également réalisé des écrits destinés à un plus large public sur les droits des femmes, la prolifération nucléaire, les relations raciales, la pollution, l'environnement et la famine mondiale.
Marianne WEBER (1870 - 1953)
Marianne Weber, née Lucie Lorette Marianne Schnitger, voit le jour le 2 août 1870 à Oerlinghausen, en Allemagne. En 1907 paraît son ouvrage phare, Ehefrau und Mutter in der Rechtsentwicklung, qui retrace la condition juridique des femmes mariées et des mères, en Allemagne et ailleurs, depuis la Préhistoire jusqu’à sa propre époque.
En 1919, elle est l’une des premières femmes à être élue à l’Assemblée nationale constitutionnelle de Baden. Elle devient ensuite présidente de l’Union des Associations des Femmes allemandes (Bund Deutscher Frauenvereine). À la suite du décès de son époux Max Weber en 1920, elle met toutefois un terme à l’ensemble de ses engagements politiques afin de se consacrer pleinement à l’édition et à la publication des travaux de son mari, ainsi qu’à la rédaction d’une biographie de celui-ci qui sera publiée en 1926. En 1922, elle est la première femme à recevoir le titre de doctor honoris causa en Allemagne, décerné par la faculté de droit de l’Université de Heidelberg, à la fois pour son travail d’édition des travaux de Weber et pour son ouvrage Ehefrau und Mutter in der Rechtsentwicklung. Elle décède à Heidelberg le 12 mars 1953.
Catherine ZWETKOFF (1944 - 2021)
Catherine Zwetkoff est née le 3 avril 1944 à Berlin. Après avoir hésité entre une carrière de danseuse étoile et des études universitaires, Catherine Zwetkoff opte pour les sciences diplomatiques. En 1967, elle présentera un mémoire de fin d'études sur la question des relations diplomatiques entre l'Union Soviétique et les pays du Moyen-Orient entre 1945 et 1967.
Sa thèse de doctorat défendue en 1977 traitait des questions relatives aux fondements socio-psychologiques des attitudes politiques du personnel communal liégeois.
Première femme membre du corps académique titulaire d'une charge de cours en science politique à l'Université de Liège, Catherine Zwetkoff fut également la fondatrice du Laboratoire SPIRAL en 1995, un centre de recherches qui héberge aujourd'hui, sous la direction de Pierre Delvenne (Maître de recherches F.R.S.-FNRS), près de 30 chercheur.es.
Catherine Zwetkoff était connue pour son anticonformisme, son esprit critique et sa créativité. En Belgique, elle a été pionnière dans les études croisant la gestion internationale des risques et la participation publique. Ces thématiques de recherche étaient alors en plein essor dans le monde anglo-saxon, mais elles ne sont devenues centrales en Europe que dans les années 1990, avant de prendre toute leur importance aujourd'hui. Ses recherches se sont toujours inscrites dans une démarche soucieuse de l'interdisciplinarité conduisant ainsi à la réalisation de projets de recherche avec des vétérinaires, des médecins, des sociologues, des historiens, des chimistes, des urbanistes, des anthropologues, des juristes ou encore des physiciens.
Les méthodes participatives et délibératives, l'analyse des politiques publiques (notamment les conflits environnementaux), les méthodes qualitatives (Delphi, Focus Groups,…) et l'analyse des risques ainsi que leur acceptabilité sociale sont les principaux axes de recherche auxquels Catherine Zwetkoff a contribué au niveau de la communauté scientifique internationale.
Faculté des Sciences appliquées
Le 19 décembre 2024, un amphithéâtre a été inauguré au nom de Mania Pavella, première professeure de la faculté. Au-delà de l’excellence de sa carrière scientifique, le parcours de Mania Pavella marque une avancée majeure pour la reconnaissance des femmes dans les disciplines STEM.
Mania Pavella (1934 -)
Mania Pavella est née le 8 décembre 1934 à Nauplie, en Grèce. Diplômée en 1958 en tant qu'Ingénieure civile en Électricité (Électronique) de l’Université de Liège, elle poursuit ses recherches dans le domaine des systèmes électriques de puissance. En 1969, elle décroche son doctorat en Sciences appliquées, et son travail novateur lui permet de recevoir le prestigieux Prix international Georges Montefiore en 1970.
Professeure à l’Université de Liège depuis 1978, Mania Pavella est la première femme à rejoindre le corps académique de la Faculté des Sciences Appliquées. Une avancée significative pour l'égalité des genres dans un domaine encore presque exclusivement masculin.
En 2000, elle devient Professeure Émérite, et son engagement exceptionnel dans le domaine scientifique et éducatif est reconnu à l'international, notamment par son statut de Life Fellow de l'IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers).
Faculté des Sciences
Le choix de la faculté s’est porté sur des binômes composés de femmes et d’hommes pour renommer ses espaces. Le processus est toujours en cours et plusieurs figures féminines ont déjà été retenues. Les accords ont été obtenus pour les noms suivants : Léa Brakier-Gingras, Ingrid Daubechies, Suzanne Leclercq, Anne-Marie Libert, Arlette Noels-Grotsch, Bernadette Mérenne-Schpumaker et Nadia Pinardi. Une inauguration est envisagée pour la rentrée académique 2026.
Léa Brakier- Gingras (1940 - 2021)
Léa Brakier-Gingras est une biochimiste de renommée internationale. Elle fut la première femme diplômée en chimie de l’Université de Liège à accéder au rang de professeure d’université. Promue professeure au Département de Biochimie de l’Université de Montréal en 1970, elle a mené de nombreuses études sur les ribosomes et l’ADN ribosomal, ouvrant la voie à la compréhension des défaillances cardiaques et au développement de nouveaux traitements contre le VIH, le virus responsable du SIDA. Ces derniers travaux furent reconnus parmi les 10 découvertes les plus importantes de 1997 selon le magazine Québec Science. Ses recherches ont permis à son département d’atteindre une renommée mondiale. Elle fut nommée membre d’honneur de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) en 2002.
Ingrid Daubechies (1954-)
Mathématicienne belge de renommée mondiale, née à Houthalen en 1954, la baronne Ingrid Daubechies est une pionnière de la théorie des ondelettes, outil fondamental utilisé en analyse harmonique, en théorie des espaces fonctionnels ou encore dans le traitement du signal et de l’image. Docteure en physique de la VUB, elle a été la première femme à obtenir un poste de professeur permanent en mathématiques à l’Université de Princeton, avant de rejoindre l’Université de Duke. Ses travaux ont révolutionné des domaines aussi variés que la compression d’images et l’imagerie médicale. Elle a été la première femme présidente de l’International Mathematical Union. Son travail a été salué par de nombreuses distinctions, dont le prix Wolf de mathématiques en 2023. Elle inaugura l’Institut de Mathématiques à Liège en 1997.
Marie-Anne Libert (1782 - 1865)
Née en 1782 à Malmedy, elle est le douzième enfant d’une fratrie de treize. Elle a appris la géométrie et l’algèbre auprès de son père et s’intéressait à la nature en passant de nombreuses heures dans les Hautes Fagnes. Elle apprit d’elle-même le latin afin de pouvoir lire les ouvrages de référence dans le domaine. Elle s’est intéressée aux domaines de la botanique et de la mycologie. Elle est connue pour son ouvrage « Plantae Cryptogamicae Arduennae » faisant référence pour les spécialistes de la région. Réputée pour sa grande rigueur, elle jouissait d’une réputation internationale sur les cryptogames des Ardennes. Elle est également connue pour avoir identifié des maladies affectant les cultures et d’autres parasites de plantes. Au total, elle a décrit plus de 200 nouveaux taxons. Elle est devenue la première femme membre associée à la Société royale de botanique de Belgique (SRBB). Elle est décédée en 1865 à Malmedy. Le Cercle Royal Marie-Anne Libert ainsi que des taxons botaniques et mycologiques (Libertaria et Libertiella) ont été nommés d’après son nom.
Suzanne Leclercq (1901 - 1994)
Après des études en sciences naturelles, Suzanne Leclercq rejoint le laboratoire de paléontologie de l'Université de Liège, où elle obtient son doctorat en 1924. A la fin des années 1930, elle oriente ses recherches vers les plantes du Dévonien, réputées compliquées à étudier. Première femme de l'Université à obtenir l'agrégation de l'enseignement supérieur en 1931, elle est aussi la première nommée professeure ordinaire en 1937. La même année, elle crée le laboratoire de paléontologie végétale qu’elle dirigea pendant plus de 35 ans. Son laboratoire, connu internationalement, accueillit de nombreux chercheurs étrangers. Seule femme à présider la Société Géologique de Belgique (1953-1954), elle devint membre de l'Académie royale de Belgique en 1965.
sa biographie complète
ses recherches
Bernadette Mérenne-Schoumaker (1943-)
Bernadette Mérenne-Schoumaker consacrera une grande partie de sa carrière universitaire (1967-2007) à l'étude de l'évolution de l'implantation des activités économiques. Ses domaines d'activité s'élargiront ensuite à l'aménagement du territoire, au développement territorial et à la géographie de l'énergie et des matières premières. En 1985, elle fonde le Service d'étude en géographie économique fondamentale et appliquée au sein de l'Université de Liège. Au-delà de l’Université, elle a marqué de son empreinte le développement territorial de la Région wallonne en étant présidente du Laboratoire d'Études en Planification Urbaine et Rurale (LEPUR) de 1998 à 2008. En parallèle de ce domaine de recherche, elle fonde en 1984 le laboratoire de méthodologie de la géographie (LMG), qui permettra de développer l’aspect didactique de l’enseignement en géographie.
Arlette Noels-Grotsch (1943-)
Après une licence en physique à Liège (1964), Arlette Noels obtient son doctorat en 1971 au sein du groupe de Paul Ledoux. Ses recherches se concentrent sur la stabilité des étoiles dans une variété de contextes (diverses masses et diverses étapes de leur vie). En 1996, elle devient la première femme belge Professeure d’Astrophysique. Elle a assuré la direction du groupe d’astrophysique théorique de Liège ainsi que du Belgian Asteroseismology Groupe. Elle a représenté la Belgique au Conseil Scientifique de la mission spatiale CoRoT (2006-2014). Outre ses cours à l’Université de Liège, elle a aussi enseigné à l’Université de Louvain-la-Neuve et à l’Université de Namur.
Nadia Pinardi (1956-)
Après avoir obtenu un diplôme en physique de l’Université de Bologne, Nadia Pinardi entame sa carrière aux Etats-Unis et y obtient un doctorat de l’Université Harvard. Elle revient en Europe dans les années 90 où elle va assumer un leadership incontestable dans l’élaboration de projets internationaux qui conduiront à l’océanographie moderne. Elle va notamment jouer un rôle déterminant dans l’émergence de l’océanographie opérationnelle avec la volonté de mettre en place un service de prédiction à l’échelle européenne. C’est un grand pas pour l’océanographie et pour nos sociétés, à l’heure où le changement climatique et autres pressions anthropiques mettent en péril l’état de santé de nos océans. Les travaux de Nadia Pinardi ont été consacrés par des récompenses prestigieuses et, en 2015, elle a été faite Commandeur de l’ordre du Mérite de la République italienne. Personnalité généreuse et passionnée, Nadia Pinardi est une source d’inspiration pour la jeune génération qu’elle a toujours soutenue et encouragée.
Faculté de Philosophie et Lettres
La faculté a rebaptisé plusieurs de ses salles en hommage à des femmes marquantes : Suzanne Clercx, Claudine Gothot-Mersch, Marguerite Horion-Delchef, Hedy Lamarr, Hena Maes-Jelinek et Danica Seleskovitch. Parallèlement, un recensement des autres salles du centre-ville portant des noms de personnalités est mené, accompagné de l’ajout de plaques explicatives. Cette démarche se poursuit et d’autres espaces pourraient encore être renommés.
Suzanne Clercx (1910 – 1985)
Formée en Histoire de l'art et archéologie à l'Université de Liège, elle y reçoit le cours d'histoire de la musique de Charles Van den Borren, juriste et musicologue autodidacte. Elle étudie ensuite la musicologie à Heidelberg.
De retour en Belgique, elle travaille comme bibliothécaire au Conservatoire de Bruxelles, faisant de la bibliothèque un lieu discret de la Résistance. Devenue professeure à Liège, elle crée une formation musicologique inscrite au second cycle du programme d'Histoire de l'art (1956), dont elle assume longtemps seule les enseignements.
Musicologue au rayonnement international, instigatrice du Festival de musique ancienne « Les Nuits de Septembre » (1957), elle œuvra à la redécouverte du passé musical de la principauté de Liège.
Claudine Gothot-Mersch (1932 - 2016)
Claudine Gothot-Mersch est une des pionnières de la génétique textuelle. Formée à la philologie romane à l'Université de Liège, elle y soutient en 1963 une thèse de doctorat sur La Genèse de « Madame Bovary ». On lui devra les trois premiers tomes de l'édition de référence des Œuvres complètes de Flaubert à la « Bibliothèque de la Pléiade » (2001-2013). À côté de travaux sur Théophile Gautier ou Leconte de Lisle, elle s'est attachée aussi à l'étude des manuscrits de Simenon. Membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, elle y a représenté la philologie au sens le plus complet.
La salle Gothot doit initialement son nom à Victor Gothot, professeur de droit fiscal, au temps où la Faculté de Droit était installée dans le périmètre du 20-Août. Depuis 2025, elle honore également Claudine Gothot-Mersch, épouse de Pierre Gothot, professeur de droit international privé et fils de Victor Gothot.
Marguerite Horion-Delchef (1874 – 1964)
Elle fut la première femme étudiante et diplômée en philologie romane de l'Université de Liège (1896-1900).
Fondatrice, avec Marie Delcourt, de la section liégeoise de la Fédération belge des femmes universitaires, elle s'investit également dans l'Union des femmes de Wallonie (1912-1936), dont elle fut secrétaire puis présidente. Elle signa de nombreux articles du périodique La Femme wallonne et s'engagea pour le suffrage féminin et le droit au travail des femmes.
Elle s'illustra enfin dans le mouvement wallon, comme membre libérale de l'Assemblée wallonne (1919-1923) puis aux côtés du courant plus radical, de tendance fédéraliste.
Hedy Lamarr (1914 – 2000)
Actrice d'origine autrichienne devenue icône du cinéma hollywoodien classique, elle est également reconnue pour ses contributions pionnières dans le domaine des technologies de communication.
Star de cinéma engagée contre le fascisme, comédienne passionnée et productrice audacieuse, Lamarr se distingue encore par ses talents d'inventrice. Soutenant les Alliés et l'effort de guerre, elle conçoit, en collaboration avec le compositeur George Antheil, un système de communication par saut de fréquence visant à sécuriser les transmissions militaires de radioguidage pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce brevet, déposé en 1941, a jeté les bases de technologies modernes comme le GPS et le Wi-Fi.
Hena Maes-Jelinek (1929 - 2008)
Elle explora les littératures du Commonwealth, reconnaissant leur rôle en tant que vecteur de création identitaire dans un contexte de décolonisation, puis d'indépendance des nations concernées. Elle étudia ainsi les littératures d'Afrique, d'Australie et des Caraïbes, dont elle devint une spécialiste mondialement reconnue.
Elle introduisit les littératures postcoloniales au programme de l'Université de Liège dès la fin des années 1960, bien avant l'institutionnalisation de la discipline dans le monde anglo-saxon.
Elle devint membre effective de la Classe des Lettres de l'Académie royale de Belgique en 2004, après avoir reçu, en 1991, le titre d'Officière de l'Ordre de l'Empire britannique, sur proposition de la Reine Élisabeth II d'Angleterre.
Danica Seleskovitch (1921 – 2001)
Interprète de conférence formée à la Sorbonne et à HEC Paris, elle a jeté les bases de la théorie moderne de l'interprétation. Après une jeunesse mouvementée entre Paris, Berlin et Belgrade, puis un parcours professionnel qui l'amena à travailler comme interprète à Washington et au Luxembourg, cette remarquable polyglotte a enseigné à l'École supérieure d'interprètes et de traducteurs (ESIT), dont elle fut la directrice entre 1982 et 1990. Dès ses premiers écrits, elle a contesté les approches purement linguistiques de la traduction pour l'envisager comme un processus cognitif. Sa théorie interprétative de la traduction, élaborée en 1984 avec sa collègue Marianne Lederer, a révolutionné l'enseignement de la traduction et de l'interprétation.
Faculté de Médecine
Le 21 janvier 2026, la faculté a inauguré un amphithéâtre portant le nom de la professeure Gilberte Haneuse-Reginster, docteure en Médecine et en Sciences cliniques (PhD) et chargée de cours honoraire de l’Université de Liège. Avant de devenir professeure, elle fut l’assistante du professeur Jacques Roskam. L’amphithéâtre, auparavant dédié à ce dernier, a été renommé « Haneuse & Roskam », réunissant symboliquement ces deux figures étroitement liées dans leur parcours académique.
Gilberte Haneuse - Reginster (1931- )
Après un Doctorat en Médecine à Liège (1956) et après avoir été la première interne féminine de la Faculté de Médecine de l’ULiège, dans le Service du Professeur Jacques Roskam, Gilberte Haneuse-Reginster, a obtenu à Liège, un Doctorat en Sciences Cliniques.
Les recherches de Gilberte Haneuse-Reginster ont principalement porté sur la santé publique, la nutrition et l’épidémiologie des maladies non-transmissibles, donnant lieu à de très nombreux rapports, documents de synthèse et articles scientifiques.
Elle a été la première femme représentant l’Université de Liège et/ou la Belgique, dans diverses organisations nationales ou internationales, incluant de manière non-exhaustive, la Commission Francophone d’Education Sanitaire de la Croix-Rouge, le Conseil Supérieur d’Hygiène, le Conseil Communautaire Facultatif de la Prévention en Matière de Santé, le Tableau d’Experts en Matière de Santé de l’Organisation Mondiale de la Santé, la Commission des Communautés Européennes en Education Sanitaire et Nutritionnelle.
Elle est devenue la première femme Chargée de Cours à temps plein à la Faculté de Médecine de l’Université de Liège. Elle a aussi enseigné à la Faculté des Sciences Appliquées de l’Université de Liège et elle a représenté l’Université de Liège au Conseil d’Administration du Centre Universitaire de Charleroi.
Elle fut également Professeure Invitée de l’Université Catholique de Louvain, des Facultés universitaires Notre-Dame-de-la-Paix à Namur et du Centre Universitaire de Charleroi tout en assurant la co-direction du CERES-ULiège (Centre d'Enseignement et de Recherche en Education pour la Santé).
Faculté de Psychologie
La Faculté de Psychologie a également engagé ce travail de renomination. Six salles et amphithéâtres seront dédiés à des femmes emblématiques : Dorothy Bishop, Ada Byron, Émilie Carles, Jodie Devos, Lillian M. Gilbreth et Annette Karmiloff-Smith.
Dorothy Bishop (1952 -)
Dorothy Vera Margaret Bishop est professeure émérite de neuropsychologie du développement à l’Université d’Oxford et détentrice d’un titre de docteur honoris causa de l’ULiège. Après des études en psychologie expérimentale à Oxford, elle a poursuivi une maîtrise en psychologie clinique à l’Université de Londres, puis un doctorat à Oxford. Ses travaux pionniers dans le domaine des troubles développementaux du langage et de la dyslexie ont fait d’elle une des personnalités scientifiques les plus influentes dans le domaine de la (neuro)psychologie développementale et de la logopédie. Dorothy Bishop contribue également aux réflexions et initiatives collectives visant à renforcer l’intégrité des pratiques scientifiques. Son engagement dépasse largement le champ académique : elle est cofondatrice de la campagne RADLD (Raising Awareness of Developmental Language Disorder), qui sensibilise le grand public au trouble développemental du langage.
Ada Byron (1815 - 1852)
Connue sous le nom d’Ada Lovelace, elle est considérée comme la première programmeuse de l’histoire. Collaboratrice de Charles Babbage, elle a conçu en 1843 un algorithme pour sa machine analytique, anticipant le potentiel des ordinateurs bien au-delà du calcul. Féministe avant l’heure, elle incarne la place des femmes dans les sciences. Son héritage inspire les sciences cognitives, l’informatique éducative et la pensée interdisciplinaire.
Émilie Carles, née Allais (1900 - 1979)
Née en 1900 à Val-des-Prés, Émilie Carles grandit dans un milieu rural où le travail est rude, mais où l’école devient pour elle un refuge et un outil d’émancipation. Seule de sa fratrie à poursuivre des études, elle obtient son diplôme à Paris avant de revenir enseigner dans les Hautes-Alpes. Dans ses classes, souvent installées dans des conditions modestes, elle transmet à ses élèves des valeurs de tolérance, de lucidité face aux injustices, et surtout de liberté de pensée, les encourageant à développer un esprit critique et à refuser la fatalité de la guerre.
Engagée très tôt dans les milieux pacifistes et libertaires, elle partage avec son époux une profonde opposition au militarisme, au racisme et à la soumission sociale. Dans les années 1970, Émilie Carles devient une figure centrale de la lutte écologique en s’opposant au projet d’autoroute menaçant la vallée de la Clarée, menant ainsi à l’abandon du projet face à la mobilisation populaire. Elle témoignera de sa vie et de ses luttes dans son œuvre autobiographique, Une soupe aux herbes sauvages.
Jodie Devos (1988 - 2024)
Jodie Devos était une soprano belge, née à Libramont. Elle s’est distinguée par sa virtuosité et son expressivité dans le répertoire lyrique, notamment français. Lauréate du deuxième prix et du prix du public au Concours Reine Élisabeth en 2014, elle a rapidement conquis les grandes scènes belges et internationales. Formée à l’Institut Supérieur de Musique et de Pédagogie de Namur, puis à la Royal Academy of Music de Londres, elle a incarné des rôles majeurs tels que Lakmé, Ophélie, Susanna, Gilda ou encore la Reine de la Nuit. Elle a également enregistré plusieurs albums salués par la critique. Engagée dans la médiation culturelle, elle a soutenu des projets éducatifs et inclusifs, notamment avec l’association ReMuA dont la mission principale est de favoriser l’intégration sociale et l’égalité des chances grâce à la pratique musicale collective. Jodie Devos est décédée prématurément en juin 2024 à l’âge de 35 ans, laissant derrière elle une carrière brillante ainsi qu'une empreinte vocale, artistique et humaine durable.
Lillian M. Gilbreth (1878 - 1972)
Psychologue et ingénieure, Lillian Gilbreth a été une pionnière en psychologie du travail et en ergonomie. Elle a obtenu un doctorat en psychologie appliquée en 1915, et était la première scientifique à avoir un doctorat dans le domaine de la gestion industrielle. Elle a formulé une critique constructive du concept du Taylorisme, en mettant en évidence l’absence de la prise en compte de l’élément humain. Elle a également contribué à de nombreuses inventions aujourd’hui communes, comme la poubelle à pédale ou les espaces de rangement insérés dans la porte d’un frigo. Elle a reçu de nombreuses distinctions scientifiques et sociétales, dont vingt-trois titres de docteur honoris causa.
Annette Karmiloff-Smith (1947 - 2016)
Psychologue du développement et neuroscientifique, Annette Karmiloff-Smith a profondément marqué la psychologie cognitive du développement. Spécialiste du développement atypique et des troubles d’origine génétique, elle a ouvert de nouvelles perspectives en s’opposant au modularisme extrême. Elle a proposé à la place une approche développementale dynamique, selon laquelle la cognition se modularise progressivement au cours du développement, en interaction constante avec l’environnement. Elle a ainsi défendu une vision neuroconstructiviste de la cognition humaine, conciliant les approches nativistes et constructivistes, longtemps opposées dans le débat scientifique. Ses recherches témoignent d’une volonté constante de relier la recherche fondamentale à la clinique et à l’éducation, en mettant en évidence leurs implications pratiques pour la compréhension et l’accompagnement des enfants présentant des troubles neurodéveloppementaux. Figure féminine majeure dans un domaine largement dominé par les hommes, elle a inspiré de nombreuses chercheuses et chercheurs, contribuant à ouvrir la voie aux femmes dans les sciences cognitives.
Femmes et sciences : un enjeu toujours d’actualité
Quelques chiffres clés à l’ULiège (2024–2025)
À l’Université de Liège, les données récentes mettent en évidence des disparités persistantes en matière de représentation des femmes selon les disciplines et les niveaux de carrière académique.
La population étudiante se compose de 59 % de femmes et de 41 % d’hommes. Les étudiantes représentent 41 % des effectifs dans le secteur des sciences et techniques, 44 % en Faculté des Sciences et 24 % en Faculté des Sciences appliquées.
Au sein du personnel, les femmes constituent 32 % du corps académique et 51 % du corps scientifique. Malgré un nombre élevé de diplômées, leur présence diminue à mesure qu’elles progressent dans leur carrière. Cette évolution met en évidence la persistance du plafond de verre qui, bien qu’il tende à se réduire lentement, demeure une réalité aux niveaux hiérarchiques et académiques les plus élevés.
Rapport sur l’état de l’égalité de genre 2024-2025
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