Considérer l’accompagnement pendant et après le burn-out dans une prise en charge globale du syndrome d’épuisement
Une étude des chercheurs des Universités de Liège et de Gand
Dans un contexte où le mal-être au travail est une réalité et parfois peu compris, des chercheurs et chercheuses des Universités de Liège et de Gand se sont penchés sur le burn-out, un véritable problème de santé publique. En Belgique, selon les chiffres à disposition, et en particulier au sein des administrations fédérales, les troublés liés au stress représentent aujourd’hui une part importante des absences de longue durée. Dans le cadre de leur projet de recherche RE-Born (Return to Work after BurnOut), des chercheurs se sont concentrés sur des axes jusque-là mis de côté dans la recherche sur le burn-out : « le pendant », « l’après » burn-out et la phase d’accompagnement du retour au travail, en développant des outils concrets pour soutenir les travailleurs et les organisations.
La prévention dite « primaire » des troubles psycho-sociaux au travail est une approche essentielle, déjà connue dans les organisations et figurant dans la loi belge de 1996 sur le bien-être au travail. Cette approche porte sur l’amélioration des conditions de travail en amont pour éviter l’apparition de la souffrance au travail. Cependant, si l’on dispose déjà de beaucoup de connaissances sur les causes et les conséquences du burn-out et sur la mise en place des mesures préventives primaires, les questions suivantes restent en suspens : que faire lorsque le burn-out est déjà installé ? Et surtout, comment aider les personnes concernées à reprendre le travail de manière durable ?
Le projet RE-Born comble ce manque à travers deux études longitudinales réalisées auprès d’agents fédéraux (l’une concernant l’évaluation d’une prise en charge du burnout auprès de 23 agents et l’autre, une évaluation de la qualité du retour au travail sur 226 agents) qui apportent plusieurs avancées importantes. Le travail des chercheurs permet en effet de passer d’une approche centrée uniquement sur la prévention primaire à une approche plus globale de la prévention qui considère également la prise en charge des travailleurs pour garantir le maintien ou le retour durable au travail.
Des outils innovants pour des avancées concrètes
À la suite d'une étude empirique, le projet a permis de développer deux outils qui ont été utilisés auprès de participants :
- Un programme structuré d’accompagnement à la récupération après burn-out, adapté du programme développé par l’Agence Fédérale pour les Risques Professionnels (Fedris)
- Un outil d’auto-évaluation permettant de suivre la qualité de la réintégration des travailleurs
Les résultats de la mise en place de ces outils sont concluants. En effet, les participants, dont certains étaient en incapacité de travail pendant la prise en charge, ont tous repris leur activité professionnelle à l’issue du programme. L’approche individualisée et multidisciplinaire adoptée a également permis un accompagnement plus ciblé lors de l’apparition des premiers symptômes, une meilleure récupération après le burn-out et une diminution des risques de rechute.
On pourrait comparer le burn-out à une plante qui se fane. Jusqu’à présent, on s’est surtout concentré sur l’optimisation de son environnement, en lui donnant assez de lumière, d’eau etc. Or dans la réalité, certaines plantes finissent tout de même par s’abîmer. Le cœur de notre projet se situe là précisément : l’objectif n’est pas seulement d’agir en mode préventif mais bien de mettre en place des soins adaptés pour que la plante puisse récupérer et surtout continuer à se développer sans rechuter.
Cloé Lehaen, doctorante en Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Éducation (Département de Psychologie, Valorisation des ressources humaines, Adaptation, Résilience et CHangement (ARCH))
Autonomie, sens et réduction de la charge émotionnelle pour un retour durable au travail
L’étude identifie plusieurs facteurs clés de réussite de retour au travail, notamment : le fait d’avoir de l’autonomie dans son travail, le sentiment que son travail a du sens et la diminution de la charge émotionnelle accordée au travail. En complément de la réalisation d’une étude empirique et du développement des outils cités précédemment, le projet RE-Born formule également des recommandations à destination des pouvoirs publics pour compléter les politiques existantes, centrées sur la prévention primaire. Ces recommandations portent notamment sur une meilleure communication, une coordination accrue, le recours à des outils fondés scientifiquement et le développement d’une véritable culture de la réintégration durable.
Des changements peu fréquents au niveau organisationnel après un retour au travail
Les résultats de l’étude empirique ont souligné une limite importante au projet : si les participants rapportent des améliorations sur le plan individuel, les changements au niveau organisationnel restent perçus comme limités du point de vue des participants. Ces derniers pointent notamment le manque de prise de conscience du problème et des pratiques managériales inadaptées. Si la présente étude n’avait pas la vocation de faire changer la gestion des organisations en tant que telle, les chercheurs le notent en point d’attention.
À propos du projet RE-Born (Return to Work after BurnOut)
Le projet de recherche RE-Born a été réalisé en collaboration avec la docteure Claudia Rooman ainsi que les Professeurs Lutgart Braeckman et Eva Derous de l’Université de Gand. Au sein de l’ULiège, la doctorante Cloé Lehaen et la Professeure Isabelle Hansez ont travaillé sur le projet. Le projet RE-Born est financé dans le cadre du programme BRAIN-be 2.0 (Belspo).
En savoir plus sur le projet RE-Born
Lire l’étude complète (en anglais)
