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L'ULiège inaugure le Centre for the Study of War and Violence



Dans un contexte de remilitarisation généralisée de l'Europe et de conflits armés qui redessinent l'ordre international, l'Université de Liège a posé un acte scientifique fort : la création d'un centre de recherche dédié à l'étude réflexive et indépendante de la guerre et de la violence organisée. Travaillant uniquement avec des financements non-porteurs de conflits d’intérêts, le Centre for the Study of War and Violence se donnera en particulier pour mission de travailler à la consolidation scientifique de ce champ d’étude, significativement imprégné des intérêts et visions des acteurs qu'il est pourtant censé analyser.

C'

est dans l'amphithéâtre Kurth de la place du Vingt Août que Julien Pomarède, chargé de cours en Politique internationale à la Faculté de Droit, Science politique et Criminologie, a présenté le 26 mai 2026 le Centre for the Study of War and Violence devant un public venu en nombre. Dans son propos introductif, Julien Pomarède a développé trois axes fondateurs à partir desquels le Centre entendra travailler à l’autonomisation scientifique des études sur la guerre et la défense : "En premier lieu, nous ne travaillerons qu'avec des financements publics de la recherche, garantissant une pleine liberté dans la formulation des questions, la conduite des travaux et la publication des résultats, explique Julien Pomarède. Ensuite, nous placerons systématiquement la dévastation guerrière - dans ses dimensions épistémiques (les savoirs de la guerre), humaines, socio-politiques et environnementales - au cœur de l'analyse, refusant de la réduire à une variable stratégique ou à une tragédie inévitable de la guerre. Passer au crible les processus de dévastation des vies civiles et humaines, de l’environnement, l’usage de munitions prohibées ou s’interroger même sur les logiques non-stratégiques de la violence militaire, ce sont autant de démarches qui nécessitent des supports financiers donnant toute liberté de chercher. C’est parce que la violence de masse a cela de choquant, de sensible et des conséquences effroyables que l’enjeu de l’indépendance de la recherche est d’autant plus majeur.  Enfin, nous entendons  développer une coopération transnationale active afin de constituer un espace de recherche indépendant à l'échelle internationale et tout particulièrement européenne."

La soirée d'inauguration a pris la forme d'une conférence grand public animée par Edouard Delruelle, Professeur ordinaire à la Faculté de Philosophie et Lettres de l'ULiège. Quatre chercheurs de premier plan ont apporté leur éclairage sur le thème "Guerre, armes et démocratie", illustrant précisément la diversité des approches que le CSWV entend fédérer :

  • Mathias Delori, Chargé de Recherches CNRS au Centre de Recherches Internationales de Sciences Po Paris (CERI), a exploré les formes d'(anti)militarisme démocratique et leurs expressions historiques et contemporaines.
  • Anne Lagerwall, Professeure de droit international au Centre de droit international (CDI) de l'ULB, a interrogé la légitimité juridique des interventions militaires menées au nom de la protection des droits humains, et les tensions qu'elles créent avec l'interdiction du recours à la force entre États.
  • Benoît Pelopidas, Professeur des Universités au Centre de Recherches Internationales de Sciences Po Paris (CERI), a mis en lumière les liens entre la course aux armements, le recul des processus démocratiques et les destructions environnementales qu'elle engendre.
  • Christophe Wasinski, Professeur de Politique internationale au Centre de Recherche et Études en Politique Internationale (REPI) de l'ULB, a analysé les dynamiques du marché global des armements et leurs implications pour les régimes démocratiques.

Au-delà de la question académique, c'est bien dans un enjeu démocratique que le Centre se situe. À l'heure où la remilitarisation généralisée de l'Europe est présentée comme une inévitable évidence par de nombreux décideurs politiques, militaires et analystes, Julien Pomarède rappelle l'urgence d'un regard scientifique rigoureux, évoquant ainsi les leçons à tirer d’autres champs d’études qui se sont dotés d’une autonomie scientifique significative : « On ne douterait pas un instant, du moins à l’université, du fait que c’est l’autonomie scientifique qui fonde la valeur-ajoutée sociétale de certains sous-champs d’études dans des moments historiques graves. La science du climat  nous donne les moyens de faire sens du changement climatique et d’agir dessus. Les travaux sur les migrations et le contrôle migratoire ont joué un rôle clef dans la compréhension de la « crise migratoire » en Méditerranée et des ressorts de ses drames. Idem pour les recherches scientifiques sur les inégalités sociales et les régimes politiques, qui, respectivement, sont importantes pour agir sur la montée en puissance des fractures socioéconomiques dans nos sociétés et le basculement des démocraties vers l’autoritarisme. Ces sous-champs nous rappelle que l’apport de la science ne réside pas dans la reproduction des points de vues des acteurs des politiques produites, mais d’un dialogue avec eux, qui peut précisément être fructueux grâce à cette scientificité acquise en premier lieu. C’est une évolution qui doit encore s’opérer dans le domaine d’étude sur la guerre et la défense. Et les interventions ainsi que les discussions de ce soir ont permis d’objectiver ce constat et surtout de montrer que cette évolution scientifique est possible et désirable ». Le Centre for the Study of War and Violence a ainsi pour vocation de rendre plus visible le fait qu’une indépendance scientifique plus grande du domaine bénéficiera à sa plus-value sociétale et démocratique.

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