L’incendie, qui a déjà ravagé près de 3 000 hectares dans les Hautes Fagnes, met en péril de nombreuses espèces animales et végétales et rappelle la grande fragilité des tétras lyres. Pour cet oiseau emblématique, déjà au bord de l’extinction en Belgique il y a quelques années, l’avenir s’annonce particulièrement incertain.
Il y a moins de dix ans, le tétras lyre avait pratiquement disparu en Belgique. En 2017, un programme de sauvegarde a été lancé par l’Université de Liège (Pr Pascal Poncin) et l’Institut Royal des Sciences naturelles (Bebirds, Didier Vangeluwe). Cette année-là, seuls deux mâles et une femelle étaient recensés dans la réserve naturelle. L’incendie de 2011 dans les Fagnes avait déjà fortement impacté la population qui comptait une quarantaine d’individus avant le passage des flammes.
Mené depuis près de 10 ans, le programme de sauvegarde avait permis de renforcer la population restante grâce à plusieurs transferts dans les Hautes Fagnes de tétras lyres sauvages vivant dans les forêts tempérées boréales suédoises. En avril 2026, la dernière mission de ce type avait permis de transférer 25 femelles et 10 mâles, venus s’ajouter à la vingtaine d’individus comptabilisés sur le territoire. Cette mission avait mobilisé près de vingt chercheurs, collaborateurs de terrain, bénévoles et agents du Département de la Nature et des Forêts.
Cinq balises GPS restent silencieuses
L’incendie qui a débuté le 14 août 2026 dans les Fagnes porte toutefois un nouveau coup à une population déjà extrêmement fragile. Chargé de mission au service de Biologie du Comportement, Johann Delcourt dresse un bilan préoccupant. « Sur les 12 tétras lyres porteurs d’une balise GPS, deux étaient dans la zone concernée par l’incendie et ont pu s’échapper. Nous avons pu observer leurs déplacements et ils sont toujours en vie. Cinq autres individus n’étaient pas dans le périmètre de l’incendie et continuent de se déplacer normalement. Pour les cinq individus restants, nous n’avons à ce stade pas de réponse de leurs balises GPS, et donc nous sommes sans nouvelles de ceux-ci pour l’instant. Si on extrapole ces chiffres à l’ensemble de la population des Fagnes, on peut estimer qu’environ la moitié au moins a survécu. »
Les tétras lyres gardent la capacité de voler en été malgré une mue partielle, et les jeunes nés au printemps étaient déjà suffisamment grands pour eux aussi voler. Certains ont donc pu échapper aux flammes. Le territoire non touché par l’incendie garde encore des zones propices à leur survie. « Les zones restantes sont de petites surfaces, en périphérie proche de la zone majoritairement occupée par la population. Bien que dans la région, les Fagnes Nord-Est et la zone de Sourbrodt-Elsenborn peuvent être aussi accueillantes pour ces oiseaux », poursuit Johann Delcourt. « S’ils se limitent aux zones périphériques des Fagnes de la Baraque Michel, il reste assez d’espace pour ces individus, mais on peut s’inquiéter car ces zones sont plus occupées par les promeneurs et plus proche de nombreuses lisières les exposant à des risques de prédation accrus. Autre problème au printemps prochain : l’élevage de poussins, qui ne sont pas encore végétariens dans leurs premières semaines de vie, ne pourra se faire dans les zones calcinées, faute de petits invertébrés pour les nourrir. Nous avons par contre déjà pu documenter ces dernières années des nidifications dans les zones épargnées. À plus long terme, le retour de la végétation pourrait aussi entraîner une modification de la structure végétale, susceptible d’influencer à son tour l’évolution de la population de tétras lyres. »
Face à cette situation, le travail de sauvegarde initié par Pascal Poncin, Premier Vice-Recteur et Professeur à la Faculté des Sciences, prend une nouvelle dimension. Pour les équipes de l’ULiège, il s’agit désormais de mesurer précisément les conséquences de l’incendie et d’évaluer la capacité de la population à se reconstituer dans des conditions devenues très difficiles.
Les tétras lyres, en quelques chiffres
- 65 cm : c’est la taille que peut atteindre le mâle, reconnaissable à son plumage noir aux reflets bleutés, à ses deux excroissances rouges au-dessus des yeux et à sa queue noire et blanche en forme de lyre. La femelle, au plumage brun clair rayé de brun sombre, mesure de 40 à 47 cm.
- Cinq à sept œufs peuvent être pondus lors de chaque nichée.
- 13 grammes : c’est le poids des balises solaires GPS dont sont équipés une partie des oiseaux réintroduits en Hautes Fagnes. Portées comme un petit sac à dos, elles permettent un suivi très précis de leurs déplacements.
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