Être femmes dans une église d'hommes


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Dates
Du 18 au 21 octobre 2017
Colloque international

En mêlant les contributions d’historiens et d’historiens de l’art, ce colloque international organisé du 18 au 21 octobre à Liège en collaboration avec l’Unité de Recherche Transitions, le FER ULg, la Bibliothèque Alpha et la Bibliothèque du Grand Séminaire dans le cadre du projet de recherche LODOCAT abordera, sous l’angle du genre, la place des femmes dans l’Église du Moyen Âge à la fin de l’Ancien Régime. Ce colloque prend place dans le cadre des événements organisés à l'occasion du Bicentenaire de l'ULiège.

« Être femmes dans une Église d’hommes » : qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’est-ce que cela implique ? Qu’est-ce que cela engendre ? À l’ombre des cloîtres, postures de soumission, tentatives de résistance et (re)prises de pouvoir coexistent, s’entrecroisent et se superposent. L’institution ecclésiale, tout en veillant à maintenir les femmes dans une relation de subordination au sexe masculin, a permis à certaines d’entre elles d’accéder au savoir et à certaines formes de pouvoir. Démêler les stratégies, les enjeux et la complexité des relations humaines, mettre au jour des traces d’autonomie, d’initiatives et de créations féminines demande aux historiens de lire entre les lignes et de questionner les évidences.

Entre soumission, permissivité et transgression  

Fragile, dangereuse, tentatrice, pécheresse, par nature inférieure et subordonnée à l’homme : cette image de la femme diffusée dès la fin du Moyen Âge fait frémir. Comme le souligne Marie-Élisabeth Henneau, « c’est un lieu commun de dire que le christianisme et, plus encore, les institutions qu'il a produites ont forgé les principales argumentations utilisées pour maintenir la femme occidentale dans un rapport de soumission à l'homme et restreindre ses activités tant spirituelles que matérielles au domaine privé ou à la sphère domestique » (Voir Femmes et religions du Livre).

Néanmoins, le christianisme a également favorisé l’implication des femmes dans la société et dans les sphères de pouvoir. L’entrée au couvent comporte des avantages. Elle est pour certaines un moyen d’éviter l’autorité maritale ou parentale. Espace de sécurité, de soin, le couvent est aussi un espace d’accès au savoir (voir Les religieuses au temps de DIderot). Au-delà de l’apprentissage du catéchisme et de l’initiation aux principales règles et cérémonies de leur ordre, les religieuses peuvent bénéficier d’enseignements privés. Elles sont également initiées à l’art et à la musique. Ainsi, bien que les religieuses soient sans cesse surveillées et contraintes par les autorités religieuses et civiles, l’entrée dans les ordres leur donne parallèlement des armes intellectuelles et la possibilité de penser par elles-mêmes. Et si, dans l’Europe d’après le Concile de Trente (mi 16e s.), toute communauté religieuse féminine est soumise à une autorité masculine (évêque du lieu ou supérieur régulier), les affrontements ont bel et bien existé.

La question de la clôture, par exemple, représente un véritable enjeu de pouvoir. De nombreuses religieuses se sont battues pour avoir la possibilité de décider seules de leurs déplacements et de leurs rencontres. Certaines d’entre elles ont notamment tenté de créer des dispositifs d’enseignement en dehors des couvents, destinés à assurer la transmission d’un savoir auprès des filles de condition modeste. À ces initiatives, rapidement interdites par des autorités masculines jalouses de leurs privilèges et opposées à l’idée de partager leur pouvoir, d’autres ont succédé. C’est l’histoire de ces initiatives, de ces rapports de pouvoir et de ces transgressions que le colloque permettra de retracer.

Angle de vue et thématiques privilégiés : une large place donnée à l’analyse de genre

L’analyse de genre sera privilégiée dans le traitement des problématiques. C’est-à-dire qu’il s’agira de pointer la construction et l’évolution des rôles sociaux sexués et des systèmes de représentation définissant le masculin et le féminin ; mais également de porter une attention particulière à la relation sociale entre hommes et femmes et à l’articulation de ces rapports de pouvoir.

Plus concrètement, six thématiques seront développées lors de ces trois journées de conférence. Une attention particulière sera accordée aux modalités de l’autorité exercée par et sur les religieuses. L’étude de communautés, de groupes particuliers ou de certaines figures féminines permettra de mettre en lumière les relations d’autorité que les religieuses ont nourries entre elles et avec leurs homologues masculins, ainsi que leur propre conception de l’exercice du pouvoir (à travers la figure de la supérieure, notamment). La question de l’accès au savoir et de son « bon » usage sera également au centre des recherches présentées. La formation des religieuses (intra et extra muros) et le profil du personnel disposé à l’enseignement seront abordés. Ainsi que la typologie des savoirs religieux et profanes, l’acquisition et la production des savoirs (lectures et écritures, accès aux textes bibliques, pratiques artistiques, commentaires du clergé et des spécialistes des différents domaines) et les enjeux liés à la transmission du savoir.

Ce colloque sera aussi l’occasion de faire le point sur ce qui a été découvert à propos de la clôture et, de manière plus générale, d’aborder les relations au monde des religieuses (circulation hors des espaces clos ou domestiques, dispositifs mobiliers ou immobiliers influençant la séparation des espaces,…). D’autres communications étudieront les projets de réformes menés par les religieuses, leurs spécificités, la manière dont ils ont été perçus par le clergé. Les chercheurs mettront également en valeur certains couples célèbres (ou moins connus) en questionnant les types de relations, les influences mutuelles de l’homme et de la femme et leur représentation dans la littérature et l’iconographie. Ces relations ne sont pas dénuées d’affrontement : là encore, les recherches contredisent l’image de femmes passives et résignées.

Enfin, il sera question de la fameuse Querelle des femmes : cette controverse sur la hiérarchie des sexes, les rôles assignés aux genres et la possibilité pour les femmes d’accéder au savoir et à la création (voir La querelle des femmes, un débat qui ne date pas d'hier). Une controverse qui remonte à la fin du Moyen Âge et qui est encore loin d’être close, comme en témoignent les résistances tenaces à l’utilisation du concept de genre, malgré les progressives avancées dans le milieu académique – rappelons qu’un master en études de genre interuniversitaire vient d’être inauguré en Belgique francophone.

Des approches et des outils à la pointe – un programme et des collaborations variés

Ce colloque, organisé par Marie-Élisabeth Henneau et Julie Piront (FER ULg, Transitions, Siefar), s’inscrit dans le cadre plus large du projet de recherche LODOCAT (Chrétientés lotharingiennes – Dorsale Catholique (9e- 18e s.), qui vise à étudier l’originalité des formes de christianisme développées dans l’espace de la Lotharingie puis des « pays d’entre-deux » médiévaux (de la mer du Nord à la Savoie), durant le Moyen Âge et l’époque moderne. Le projet rassemble plusieurs laboratoires européens dont l’unité de recherche Transitions de l’ULiège (représentée ici par Marie-Élisabeth Henneau, Annick Delfosse et Alain Marchandisse). Transitions est, soulignons-le, une des seules unités de recherche à envisager l’histoire des femmes dans l’Église et l’histoire monastique sous le prisme du genre.

Le colloque a été organisé avec la collaboration du FER ULg (le réseau des chercheur(e)s et des enseignant(e)s spécialistes des Études Femmes – Études de genre à l’ULiège), de la Bibliothèque U Alpha et de la bibliothèque du Grand Séminaire. En terme d’innovation technologique, il faut mentionner l’apport de l’outil numérique Arm@rium, nouvelle bibliothèque virtuelle qui permettra de consulter une sélection de témoins de la culture écrite, imprimée et graphique de la période couverte par les recherches menées au sein de l’UR Transitions (du Moyen Âge à la première Modernité). Un dispositif sera installé dans la salle du colloque pour consulter les manuscrits numérisés.

Enfin, notons que plusieurs activités seront organisées en dehors des interventions des chercheurs, qui permettront de découvrir les religieuses liégeoises au cœur des manuscrits et du bâti qui ont accueilli leur histoire : visite de la bibliothèque du Grand Séminaire et de l’abbaye Paix Notre-Dame, concert de musique baroque mettant en avant des œuvres de femmes compositrices…

 

Bienvenue à tous du 18 au 21 octobre

Parce que ce colloque apporte une pierre non négligeable à l’édifice de l’histoire des femmes et du genre – outre l’histoire du christianisme –, qu’il croise les disciplines (histoire, histoire de l’art, musicologie) et multiplie les points de vue sur cet « être femmes dans une Église d’hommes » (communautés/individus ; diversité des lieux appréhendés) tout en prévoyant des moments de divertissement artistique et de légèreté…il s’agit résolument d’un rendez-vous à ne pas manquer !

 

Héloïse Husquinet
Historienne et journaliste indépendante

 

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