LQJ-272

RÉACTIONS CONTRASTÉES L’aspect collectif de notre réaction est en effet essentiel, tant les acteurs concernés sont divers, du grand public – certains craignent le “grand méchant loup” mais d’autres, nombreux, sont prêts à envahir les forêts dans l’espoir de le rencontrer – aux chasseurs. Même si ces derniers ne sont pas unanimes, ils ne sont, officiellement, pas opposés au retour du loup. Ils coopèrent avec les autorités mais ils vivent cette réap- parition d’une espèce protégée comme une contrainte supplémentaire, une de plus, qui limite leur liberté, représente un éventuel manque à gagner et les oblige à renégocier leurs prérogatives. Mais tout dépendra bien sûr du nombre de loups présents sur leurs chasses… et de leur impact sur le gibier. Les exploitants forestiers, publics ou privés, sont eux aussi dans l’expec- tative, sans réelle conviction. Mais les loups pourraient les aider car la sura- bondance actuelle de gibier leur fait parfois perdre des labels de qualité et les oblige à clôturer pour pouvoir replanter à l’abri de celui-ci. Mais pour rétablir un équilibre, il faudrait sans doute plusieurs meutes – on est très loin du compte – qui s’attaqueraient au gibier ! La position des éleveurs d’ovins – et de bovins car le loup peut parfois s’attaquer aux veaux – est plus nuancée qu’on ne l’imagine a priori . Beaucoup sont en effet proches des milieux naturalistes, travaillent souvent dans les réserves naturelles comme les Fagnes et soutiennent la protection de l’environnement. Mais ils sont deman- deurs de moyens de protection et de l’application d’un “plan loup” en cours d’élaboration en Région wallonne, déjà en place en Flandre et au Grand-Duché de Luxembourg. LE RÉSEAU LOUP La Région wallonne a créé le “Réseau Loup” au sein du Département d’étude du milieu naturel et agricole en 2017. « En 2016, se souvient Violaine Fichefet, coresponsable de ce réseau , quelques premières traces ont été signalées en Wallonie. À la suite de cela, cinq experts ont été formés par l’Office national de la chasse et faune sauvage en France. Puis nous avons mis en place un réseau d’informateurs et identifié nos partenaires, lesquels ont été désignés en mars 2017. En mai, le réseau était officiellement lancé. » Et le travail n’a pas manqué depuis. Éleveurs, chasseurs, gardes forestiers, sylviculteurs, administration, naturalistes et différents services de l’ULiège (vété- rinaires, généticiens, zoo-géographes, etc.), tous ont été conviés au sein du réseau. Ils ont ensuite élaboré des procédures standardisées de repérage des éventuels loups qui se basent sur des observations visuelles, l’analyse des proies (carcasses) domestiques ou sau- vages, des cadavres de “loups” (ou sup- posés tels), des excréments, des poils, des empreintes, des traces d’urine ou de sang. Dès qu’un cas est signalé, les experts vont sur place pour récolter les indices et écouter les témoignages. Ils les font ensuite remonter vers les trois validateurs (dont Vinciane Schockert de l’ULiège) reconnus par la Région, seuls habilités à trancher. Résultat ? En 18 mois, le réseau a trai- té 170 “observations” de loups en Wallonie. Près de la moitié était d’ail- leurs uniquement des observations visuelles, mais les experts ont aussi eu à se pencher sur 32 carcasses de proies domestiques et 29 de proies sauvages. Mais sur ces 170 alertes, seules deux d’entre elles ont révélé une présence certaine d’un loup. Dans six autres cas, sa présence pouvait tout au plus ne pas être exclue ! L’étape suivante pour le Réseau Loup est d’élaborer un “Plan Loup”, docu- Un “Plan loup” recense et fixe toutes les attitudes à respecter face aux loups La louve Naya aperçue en Belgique (pelage d’été) Inbo janvier-avril 2019 / 272 ULiège www.uliege.be/LQJ 32 univers cité

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=