Interview

« Avoir une image la plus complète de ces phénomènes »


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BEHAVES est la première enquête de grande ampleur en Belgique francophone sur le bien-être, le harcèlement et les discriminations dans l’enseignement supérieur.

L’enquête en ligne est actuellement en cours auprès des étudiant·es et des membres de toutes les catégories de personnel des établissements d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Interview avec la Pr Fabienne Glowacz qui, avec l’équipe l’UR ARCH au sein de l’ULiège, mène cette enquête initiée par la Ministre Valérie Glatigny.

Sur quoi porte spécifiquement l’étude BEHAVES ?

L’étude BEHAVES (Bien-Être, Harcèlement et Violences dans l’Enseignement Supérieur) porte sur les discriminations et toutes les formes de harcèlement et de violences, qu’elles soient d’ordre moral, sexiste, sexuel, ou discriminatoires entre toutes personnes affiliées à un établissement d’enseignement supérieur, qu’elles soient étudiantes, étudiants, ou membres du personnel académique, scientifique, administratif ou technique, que ce soit sur le campus, en dehors du campus ou en ligne.  Cette recherche a pour objectifs de faire un état de lieux des situations de harcèlement, de discriminations et de violences dans l’enseignement supérieur de plein exercice et des dispositifs et des actions menées dans les établissements d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles.  La recherche comprend plusieurs étapes recourant à des méthodes de recherche quantitatives et qualitatives. Nous avons déjà mené des entretiens avec des « acteurs » de chaque établissement pour prendre connaissance des dispositifs et actions menées. À la suite de l’enquête en ligne, des focus groups avec des étudiants et étudiantes seront menés, et dans la dernière étape de recherche, une enquête Delphi s’adressant aux acteurs clés des établissements d’enseignement supérieur sera réalisée. C’est à partir de l’ensemble de ces données que nous pourrons avoir avec une connaissance plus précise du phénomène ainsi que des besoins en termes de prévention.

Comment l’enquête est-elle menée ?

Elle est menée en ligne, via un seul lien et QR code pour les étudiant.e.s et les membres du personnel. Il suffit de cliquer pour entrer sur le site de l’enquête avec une information et la demande du consentement du participant. Il est en effet essentiel que les participant.es aient la garantie de la confidentialité et de l’anonymisation des données.

Pourquoi est-il important que le plus grand nombre d’étudiant·es et de membres du personnel y participe ? 

Il est essentiel que le plus grand nombre d’étudiants et de membres des personnels participent et répondent à l’entièreté de l’enquête pour avoir des données solides et fiables, de telle manière à avoir une image la plus complète possible de ces phénomènes.  Nous souhaitons quantifier mais aussi comprendre les situations vécues en tant que victimes et ou témoins (pouvant concerner tant des faits entre étudiants et étudiantes, que des faits impliquant des membres du personnel et entre membres du personnel), leurs répercussions et les trajectoires de signalement. Cette enquête porte aussi sur la perception des politiques menées par l’établissement d’enseignement, le climat, la connaissance des dispositifs existants. Elle  invite les participant.e.s à partager leurs idées et suggestions en termes de prévention. Ainsi, nous sollicitons la participation de tous les étudiants et étudiantes, et les membres du personnels, hommes et femmes, qu’ils aient été ou non victimes ou témoins de ces situations à participer à l’étude. C’est ainsi que nous pourrons mieux rendre compte des multiples réalités et des besoins en prévention.

Qu’est-ce qui motive la réalisation de cette enquête ?

Cette étude s’inscrit pleinement dans la lignée des recherches que je mène avec mon équipe de recherche sur les violences interpersonnelles et plus spécifiquement sur les violences sexuelles. Nous avons déjà mené en 2018 une étude quantitative et qualitative relative à la problématique des violences dans les relations amoureuses, de la consommation de pornographie et des cyberviolences à caractère sexiste et sexuel chez les jeunes âgés de 12 à 21 ans (à la demande de la  Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Direction de l’Égalité des chances). La question des violences, du harcèlement et des discriminations dans l’enseignement supérieur a été sous-étudiée, et ce n’est que depuis peu que des recherches scientifiques sont menées au niveau international. Cette recherche mobilisant tous les établissements d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles m’apparait essentielle pour appréhender l’ampleur du phénomène et pour comprendre les dynamiques, les déterminants et les contextes contribuant à l’émergence de ces phénomènes. La finalité est aussi de dégager des axes de recommandations. 

L’enseignement supérieur est-il plus sujet à connaître ces phénomènes que le reste de la société ? Est-ce un milieu plus « à risque » ? 

Les discriminations, le harcèlement moral et sexuel sont présents dans notre société et dans de nombreuses organisations. L’enseignement supérieur a pour mission première de diffuser la connaissance mais il n’est pas épargné. Il est un espace de travail et d’échanges entre personnes de statuts et d’âges différents, un espace où des rapports hiérarchiques en termes de statut, de prestige, de connaissances peuvent se nouer. Les relations entre pairs, les événements festifs, l’espace professionnel peuvent être autant de lieux de survenue de violences dont le dévoilement est difficile.

Existe-t-il des études équivalentes en Belgique et dans d’autres pays ?

Tout récemment les résultats de l’étude UNISAFE financée par l'UE sur les violences basées sur le genre (VBG) dans le monde académique et de la recherche ont été publiés. L’ULiège y a participé et les données sont tout à fait intéressantes. Notre recherche n’a pas tout à fait le même cadrage mais elle a des objectifs semblables. L’étude Behaves concerne tous les établissements d’enseignement supérieur, université, haute école et écoles supérieures des arts de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui donnera une cartographie des différentes formes de harcèlement et de discriminations.

Pourquoi l’unité de recherche ARCH est-elle particulièrement compétente pour mener à bien cette étude ?

L’Unité de Recherche ARCH a comme cadre général de recherche l’analyse des processus d’adaptation, de résilience et de changement au niveau individuel, social, sociétal et des organismes. Les recherches qui y sont menées ont pour vocation de participer aux changements et transitions (cliniques, organisationnelle et sociétales) et ont le plus souvent un impact sociétal. Nous détenons également une réelle expertise méthodologique concernant les recherches quantitatives et qualitatives. J’ai mené récemment plusieurs enquêtes de grande ampleur en lien avec la crise Covid sur la santé mentale de la population et celle des étudiant.e.s en enseignement supérieur mais aussi sur les violences entre partenaires intimes. Au sein du consortium de recherche Behaves, en plus des approches psychologiques et sociales, Catherine Fallon et Aline Thiry, chercheures en sciences politiques, sont très investies dans l’étude et apportent leur expertise sur l’évaluation des politiques publiques.

BEHAVES : enquête sur le bien-être, le harcèlement et les discriminations dans l’enseignement supérieur.

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Photo : ULiège © Jean-Louis Wertz

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