Sortie de presse

Histoire de Liège


Dans Culture

Plus de 25 ans après l’Histoire de Liège de Jacques Stiennon (Privat, 1991), la Cité ardente refait l’objet d’un ouvrage de grande qualité sorti à l’occasion du bicentenaire de l’Université de Liège. Nouvelle grande référence, Histoire de Liège. Une cité, une capitale, une métropole se veut une synthèse des dernières recherches scientifiques mise à la disposition du grand public.

Que ce soit par l’épisode des Six cents Franchimontois ou par celui de la résistance aux Allemands en 1914, les Liégeois, et c’est de notoriété publique, sont fiers de leur ville. Plus encore, ils sont de grands férus de son histoire. En effet, les Grandes Conférences Liégeoises (GCLg) avaient consacré tout un cycle à l’histoire de la ville et ses alentours. Le succès de l’initiative n’a laissé aucun doute quant à l’intérêt du public pour le passé liégeois : « Nous avons constaté un réel engouement lors de ces conférences et la conclusion à en tirer était claire : il nous fallait une nouvelle histoire de Liège, le public le demandait et nous nous devions de combler ce manque. », rapporte Michel Firket, président des GCLg.

Car Liège, c’est surtout une histoire riche et complexe. Terre habitée depuis la Préhistoire, cette tribu se développe dès l’Antiquité en s’inscrivant de plain-pied dans la civilisation gréco-romaine. Ville discrète dans un premier temps, sa destinée est bouleversée avec l’assassinat, au début du VIIIe siècle, de l’évêque Lambert, qui fera dès lors l’objet d’un véritable culte. Durant les siècles qui suivent, Liège ne cessera de s’imposer toujours plus sur la scène européenne. Lieu de grande érudition aux Xe et XIe siècles, pôle de la Réforme catholique à la position internationale influente au XVIe ou encore foyer de philosophes éclairés au XVIIIe, la Cité ardente vit son âge d’or avec l’industrie triomphante du XIXsiècle. Assommée par deux guerres mondiales la période suivante et, peu après, ébranlée par de nombreux déboires financiers, Liège fait aujourd’hui montre d’une renaissance certaine dont témoigne le livre.

 

Un projet d’envergure

C’est donc sous l’impulsion déterminée de Bruno Demoulin, chargé de cours à l’ULiège et ancien Directeur général de la Culture de la Province, que l’ouvrage voit le jour : « J’ai réuni une équipe scientifique de grande qualité et pendant deux ans et demi nous avons œuvré ensemble pour offrir au public le fruit des avancées les plus récentes en la matière. Liège est abordée ici dans un cadre local, national et européen. ». Historiens, géographes, hommes de lettres et juristes ont collaboré, présentant ainsi Liège et son histoire selon des perspectives diverses mais complémentaires. Cette pluridisciplinarité est sans nul doute l’autre richesse de ce travail, résultat d’une entreprise véritablement inter-facultaire.

Aboutissement d’un labeur plus que conséquent, cette Histoire de Liège, éditée en quatre langues (français, néerlandais, allemand et anglais), se présente comme ouverte sur le monde et sur le futur. « Un tremplin pour l’avenir, voilà dans quel esprit ce livre a été conçu ! Nous souhaitons que de ce passé trop méconnu, les jeunes générations puissent tirer la force nécessaire pour de meilleurs lendemains. », déclare encore Michel Firket. Actualisé au possible (jusqu’en 2016), le texte laisse entrevoir le renouveau culturel, politique et économique dont la ville fait preuve, sans pour autant en occulter les moments de crise, dont celui des années 80.

Un ouvrage de défis et d’innovations

Nombreux ont été les obstacles lors de la réalisation du livre ainsi que le précise Bruno Demoulin : « Une des principales difficultés a été de concilier les sensibilités si différentes de chacun des 17 auteurs et d’en faire ressortir une cohérence générale. ». Tandis que le Professeur Francis Balace, contemporanéiste, évoque, amusé, les difficultés de traduction : « Quand il s’agit de traduire des mots ou expressions typiquement wallons, cela donne lieu à quelques arrachages de cheveux chez les linguistes ! ».

Le texte, quant à lui, n’est pas le seul élément constitutif de l’ouvrage. En effet, le propos est tout au long des pages appuyé par de nouvelles cartes géographiques, spécialement dessinées pour l’occasion. On retrouve là encore le souci des auteurs de faire part des recherches les plus actualisées. L’apport iconographique proposé est tout aussi travaillé ; c’est là un véritable recueil de photos parfois artistiques et inédites, pour certaines d’entre elles, qui nous plonge dans les recoins, parfois inconnus du grand public, de ce Liège plus discret.

La rigueur scientifique s’exprime aussi et surtout dans la bibliographie. Par ailleurs, selon Catherine Lanneau, professeure à l’Université de Liège et spécialiste de l’histoire de Belgique, « la bibliographie mentionne énormément d’ouvrages récents, mais intègre également quelques mémoires d’étudiants de qualité, leur rendant ainsi justice ».

 

La littérature bien présente

Alors que la littérature avait été peu ou pas abordée dans la version de Stiennon, Jean-Marie Klinkenberg et Laurent Demoulin, enseignant la linguistique et la littérature à l’ULiège, mettent ici à l’honneur certains de ceux qui ont su trouver les mots les plus justes pour évoquer la Cité ardente. Dans leur article, les auteurs nous font part du lien, voire de l’attachement, de ces écrivains à la ville de Liège et de leur rapport d’amour-haine. « Liège, pour les auteurs, ça a parfois été cette mère étouffante dont on veut se libérer mais dont on ne peut se défaire totalement », poétise Laurent Demoulin.

Vivier de nombreux poètes dont « l’unité est la variété », Liège a inspiré une littérature prêtant à croire qu’il n’y a non pas une identité liégeoise, mais des identités liégeoises : « Chacun a sa manière d’être liégeois » sourit encore Laurent Demoulin avant d’ajouter « C’est une écriture très libre, je ne parlerais pas d’école liégeoise ! ».

 

Faire autorité pour les 20 prochaines années

Référence pour les années à venir, cette histoire s’inscrit désormais dans la lignée de ces grands livres qui ont raconté mais qui ont également fait Liège. « J’espère que dans vingt ou trente ans, la génération suivante pourra poursuivre notre travail comme nous l’avons fait avec celui des historiens d’autrefois », confie Bruno Demoulin. Car ce livre, c’est aussi le témoignage du lien fort entre une ville et son Université ; une institution dont la mission se doit d’être avant tout celle d’un véritable (pro)moteur culturel.

 eng-fr

 

Bruno Demoulin (dir), Histoire de Liège. Une cité, une capitale, une métropole, Éditions Marot, Bruxelles, 2017
Avant-propos d'Arthur Bodson, Préface d'Albert Corhay. Avec les contributions de Francis Balace, Christian Behrendt, Florence Close, Laurent Demoulin, Jean-Patrick Duchesne, Pierre-Yves Kairis, Jean-Marie Klinkenberg, Jean-Louis Kupper, Catherine Lannneau, Bernadette Merenne-Schoumaker, Émile Mérenne, Thomas Morard, Marcel Otte, Quentin Pironnet, Philippe Raxhon, Alexis Winkin
368 p., 400 illustrations
Dans chaque exemplaire, un code donne accès gratuitement à la version numérique.

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