Coronavirus

Sur le terrain contre le COVID-19 : deux étudiants en Médecine racontent

Témoignages


Au sein de la Faculté de Médecine, la crise contre le Coronavirus se vit avec une intensité particulière. Outre les professeurs et scientifiques, plusieurs étudiants se trouvent impliqués sur deux fronts en parallèle : leurs études et leur engagement médical ou infirmier. Témoignages de deux étudiants.

Raphaël Merckx a 25 ans. Après des études d’infirmier et un premier boulot en maison de repos, il a fait le choix, voici trois ans, de reprendre un Master en Santé publique, qu’il compte terminer cette année. Entre-temps, son parcours professionnel l’a mené à la Croix-Rouge, où il occupe un poste d’infirmer référent-relais au sein des centres d’accueil de demandeurs d’asile. Cette crise sanitaire, il la vit donc avec deux casquettes : celle de l’étudiant en dernière année qui s’adapte à l’enseignement à distance et celle du professionnel de première ligne, amené à participer à la maîtrise du coronavirus auprès d’une population fragile. Entretien. 

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Quelle fonction exercez-vous à la Croix-Rouge ?

J’y suis « infirmier référent-relais » pour les centres wallons d’accueil des demandeurs d’asile – ces « logements » où vivent les personnes réfugiées ayant fait une demande d’asile à l’Office des étrangers en Belgique et qui sont en attente de la réponse. Chaque centre est doté d’un bureau médical où plusieurs infirmier·e·s font office de « filtre » entre les personnes qui arrivent de l’étranger et le monde médical. Les enfants nés dans un centre et devant être suivis par l’ONE, les personnes porteuses du VIH, souffrant d’un cancer, victimes de violences sexuelles, physiques ou morales, ou nécessitant tout autre type de soin : nous assumons le relais avec les médecins spécialisés qui vont les prendre en charge. Nous veillons au suivi de leurs traitements et à leurs certificats.

En cette période de crise sanitaire, votre mission a-t-elle évolué ?

En confinement, le travail a fortement changé. Mes collègues présents dans leurs bureaux médicaux respectifs poursuivent le travail de terrain au quotidien. De mon côté, je reçois des demandes venant de toutes parts. Le confinement et le climat anxiogène du COVID-19 entraînent davantage de « chaos médical » (dû à des décompressions psychologiques, des bagarres, des tentatives de suicide,…) : mon rôle est de prêter main forte lors de ces crises, d’arriver en supplément sur place. Nous veillons bien entendu au suivi strict du protocole : distanciation, matériel de soin en suffisance, suivi des personnes atteintes. Les centres, surpeuplés, sont considérés comme des bombes à retardement : quid si le virus s’y propage ? Toutes les équipes sont à fond pour maîtriser cette menace. Sachant que cette pandémie est arrivée dans un climat de forte crise migratoire…

Et en parallèle à ce métier de première ligne, votre parcours d’étudiant…

Tout à fait. Mener les deux de front me demande une grosse organisation, car je suis assez déterminé à décrocher mon diplôme ! Est-ce que je gère ? J’espère, et j’essaie de faire le maximum de chaque côté. Dès que je ne suis pas occupé pour la Croix-Rouge, j’avance dans mes travaux, mon TFE (dont les modalités ont changé pour s’adapter aux circonstances) et mon rapport de stage, que j’ai effectué en maison de repos, au tout début de la crise.

Je tiens à souligner que dans le Département de Santé publique où j’étudie, en Faculté de Médecine, la majorité des professeurs, chercheurs et étudiants – c’est une filière suivie par des étudiant·e·s de tous âges, déjà engagés dans le monde professionnel pour beaucoup – sont très impliqués dans cette crise du coronavirus. On subit donc deux fois les effets de pression : au travail et chez soi, en s’adaptant de jour en jour à la vie virtuelle de l’université. On se sent touché doublement par la crise, en devant « utiliser » chaque moment, en tentant d’aller à l’essentiel. Cela entraîne une fameuse surcharge mentale.

Cette crise modifie-t-elle votre regard sur les infirmiers ?

Je trouve assez incroyable que dans l’équipe de la Croix-Rouge, très peu d’infirmier·e·s ont lâché leur job face à l’ampleur de la tâche. Personne ne se défile ; chacun·e assume. Et se sentir utile, c’est encourageant. La valorisation sociale, le soutien des gens vis-à-vis de la profession font du bien.


Lucas Tode a 24 ans. Ses choix de stages de 5e année en Médecine l'amènent depuis le début de la crise sanitaire à cotoyer de près divers aspects de l'effort majeur que fournissent les soignants et le personnel médical. Il raconte son expérience.

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Je m’appelle Lucas, j’ai 24 ans et j’habite à Soumagne. Je suis en 5ème année de Médecine à l’ULiège et comme beaucoup d'étudiants, j'ai commencé mes stages en février dernier. Le principe est que nous changeons de service chaque mois afin de découvrir le plus de spécialisations possible. En mars, j’entamais mon stage de psychiatrie. Cependant, celui-ci s'est prématurément arrêté en raison du confinement. Je me suis donc retrouvé sans rien. Comme je suis de nature à vouloir aider les autres, et ayant reçu un mail de la part de l'Université demandant du renfort aux urgences COVID, je n'ai pas hésité à me proposer pour me rendre utile sur le terrain. 

J'ai donc travaillé deux jours et une nuit en mars aux urgences COVID du CHU de Liège (site Notre-Dame des Bruyères). Sur le trajet pour me rendre à l'hôpital, un sentiment étrange m’envahit : les rues sont vides, les magasins sont fermés. Quand j'arrive à l'hôpital, j'aperçois le "village COVID" où je vais me rendre utile quelques minutes plus tard. Tout est bien réel. Quelqu'un qui doit rester confiné chez lui ne voit ce qu'il se passe à l'extérieur que par les médias. Ici, j'ai pu me rendre compte de la situation réelle, et encore plus à l'intérieur de l'hôpital.
Je me suis occupé du tri à l'entrée des urgences. Les patients sont très sympas, beaucoup nous remercient pour le travail que le personnel des soins de santé accomplit chaque jour. La sécurité est primordiale pour éviter les risques de contamination et de propagation du virus: surblouse, masque, charlotte, overshoes, gants, solution hydroalcoolique, zone saine, zone contaminée, douche avant de repartir à la maison, etc.

Ensuite, en avril, j'ai commencé mon stage de médecine générale chez un médecin traitant. Les patients présentant des symptômes de type COVID ne peuvent pas se rendre au cabinet. Des consultations par téléphone sont prévues pour eux. Les autres patients peuvent venir. Nous travaillons avec des masques pour notre sécurité et celle des patients. J’y découvre donc une autre facette de la lutte contre le virus. 

Toutes ces expériences sur le terrain me donnent un sentiment de satisfaction : j’apporte mon aide à la société au moment où elle en a le plus besoin, en faisant face à une pandémie et à un confinement qui oblige 4,6 milliards de personnes à rester chez elles. 

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