Marianne porte plainte! Fatou Diome hausse le ton


Fatou Diome, écrivaine française aux origines sénégalaises dont la visibilité médiatique ne cesse de croître, a reçu, lors de la cérémonie de rentrée académique ce 25 septembre, les insignes de docteure honoris causa de l’Université de Liège. Début d’année, elle publiait chez Flammarion son dernier livre en date, Marianne porte plainte !, un tonitruant essai dans lequel elle prône les valeurs de la République française, appelle à plus d’ouverture d’esprit, et clame les bienfaits de l’éducation. L'ouverture à d'autres cultures, la richesse de l'éducation, des valeurs prônées par l'Université de Liège.

 « Je suis française par choix, donc par amour, mais aussi par résistance, car le saut d’obstacles que l’on exigea de moi, huit années entières, briserait les jambes d’une jument », nous dit l’écrivaine dans le premier chapitre de sa dernière publication. Ce n’est en effet pas l’énergie qui manque à Fatou Diome : que ce soit à la télévision, lors de multiples interviews, ou dans son nouvel essai politique, Marianne porte plainte, la française d’origine sénégalaise n’hésite pas à donner de la voix pour revendiquer ses idéaux et dénoncer tous ceux qui vont à leur encontre.

Ce n’était pourtant pas son intention d’écrire un essai politique : dans son livre, elle explique qu’elle ressent cette démarche comme un devoir à l’approche des élections présidentielles françaises. Tout comme son vote de citoyenne lui permet de ne pas être impuissante, elle sent qu’il est nécessaire pour elle d’utiliser sa plume acérée d’écrivaine et de ne pas rester muette face à la crise actuelle. Cette crise, elle l’appelle « la crise de l’identité nationale ». Elle se caractérise par un rejet aux oubliettes des valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité qui font de la République française ce qu’elle est, pour les remplacer par du white-washing, la préférence de ceux qui ont la peau blanche. Un problème identitaire qui occupe maintenant une place centrale dans le débat politique et est même le cheval de bataille de Marine Le Pen, que Diome appelle « la-Marine-Marchande-de-la-haine » dans son essai politique lyrique.

C’est en parlant de cette même politicienne que Fatou Diome a récemment fait le buzz sur la toile : invitée de l’émission « Le Gros Journal » le mercredi 22 mars 2017, elle répond à la question du présentateur « Vous avez peur de Marine Le Pen ou Pas ? » avec un grand sourire et un « Je n’ai pas peur d’elle, c’est elle qui a peur de moi », expliquant ensuite que « le rejet a toujours peur de l’amour », et que, elle, est française par amour.

D’ailleurs, Fatou Diome n’accorde pas l’entièreté de l’espace de son essai à des revendications contre les politiques actuels : elle se bat avec son cœur. C’est donc une déclaration d’amour à la France que Fatou écrit également, et dans cet élan d’amour, elle tente de rappeler à la France qui elle est. Elle lui rappelle son passé colonial, qui lui vaut aujourd’hui sa grande diversité culturelle, un multiculturalisme qui est une chance et non une tare. Elle lui rappelle la beauté de sa langue — portée par d’illustres noms comme Montaigne, Molière et Céline — qu’elle chérit par-dessus tout et qui est, elle le rappelle, une partie primordiale de l’identité.

C’est d’ailleurs comme cela que Fatou Diome a commencé à se sentir française, alors qu’à l’origine, rien ne la liait à la France. Née sur la petite île de Niodior, au large des côtes sénégalaises, elle fut élevée par sa grand-mère car elle avait été conçue hors des liens du mariage. Sa grand-mère, analphabète, ne voyait pas l’utilité d’envoyer sa petite-fille à l’école, et c’est en cachette que Fatou commença à aller sur les bancs. Après que son instituteur ait lourdement insisté auprès de sa grand-mère, elle put enfin régulariser sa situation et apprendre en toute liberté. Elle continua ensuite des études dans diverses villes sénégalaises, les finançant à coups de petits boulots, avant de suivre un Français, qu’elle épousa, dans son pays d’origine. Malgré un rapide divorce après seulement deux ans de mariage, Fatou décide de rester en France, où sa situation est précaire et où elle doit beaucoup lutter pour se faire une place. Cette histoire qui est la sienne, elle la raconte dans son premier roman, semi-autobiographique, Le ventre de l’Atlantique, publié en 2003.

Déjà à travers Le ventre de l’Atlantique, on découvre qui est Fatou Diome : une femme qui n’a pas la langue dans sa poche, qui dénonce le racisme en France et les difficultés que doivent y affronter les migrants, mais qui expose aussi les problèmes sénégalais, comme l’analphabétisme local qui est très répandu. Déjà dans ce premier roman, elle revendique les bienfaits de l’éducation, tout comme dans sa dernière publication, où elle écrit : « L’éducation, encore et toujours, première des nécessités ! Parce que le savoir ôte de la force à la haine, l’éducation reste le meilleur antidote face aux menaces qui guettent la société ». Elle y décrit l’éducation comme une « lumière » qui « libère l’individu de ses propres limites pour lui offrir le monde ». Il n’est donc pas étonnant que cette érudite, docteure en lettres, soit cette année honorée par l’Université de Liège, puisque son « parcours de vie témoigne du rôle émancipateur de l’éducation, parcours dans lequel l’université tient une place essentielle », un rôle émancipateur dont elle est fière d’être une fervente représentatrice.

 

Laetitia Kevers

 

 

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